Affaire Hamou: «On se demande toujours comment réagir pour ne pas avoir de problèmes», réagit un collectif féministe

MALAISE Pour l’association féministe « Les effronté-e-s » la séquence où le tennisman français Maxime Hamou agresse la journaliste Maly Thomas, illustre les difficultés auxquelles font face les femmes dans le milieu professionnel…

Dorian Debals

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Maxime Hamou a essayé d'embrasser de force une journaliste d'Eurosport lors d'une interview en direct.
Maxime Hamou a essayé d'embrasser de force une journaliste d'Eurosport lors d'une interview en direct. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

La séquence est plus que gênante. Ce lundi, le jeune Français de 21 ans Maxime Hamou agrippe la journaliste Maly Thomas et lui fait des baisers forcés pendant près d’une minute. Une agression en direct qui ne provoque aucune réaction de réprobation des trois hommes en plateau.

Maly Thomas a expliqué que c’était, selon elle, le reflet « des rapports entre les hommes et les femmes qui peuvent exister dans la vie courante, des situations que l’on banalise et qui ne devraient pas l’être ».

« Imaginez si ça avait été une tenniswoman » 

Pour Fatima Benomar, cofondatrice de l’association « Les effronté-e-s », cet épisode illustre parfaitement la « mise au piège » dont sont victimes les femmes dans ce genre de situation. « On voit que sa première réaction est un rire gêné, nerveux. On sent une montée d’adrénaline et on a l’impression qu’elle se demande "quelle est la réaction la plus appropriée pour que j’ai le moins de problèmes" », décrypte-t-elle.

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La difficulté dans les cas de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle c’est « la peur qu’on vous colle une image de pisse-froid, de la fille qui en fait trop, qui monte au créneau pour rien ». Et la pression de ne pas vouloir créer de vagues, de ne pas se coller une étiquette, peut aller loin. Car « la journaliste ne veut pas porter plainte. Afin de ne pas créer la polémique et d’y associer son nom. C’est ça qui est terrible, alors que l’agression sexuelle se caractérise facilement puisqu’on en voit tous les éléments sur les images. D’ailleurs, le parquet pourrait engager des poursuites. », analyse Fatima Benomar. Pour rappel, une agression sexuelle est une atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. « Imaginez un instant si ça avait été une tenniswomen qui avait fait ça à un homme. On l’aurait taxée de nymphomane à vie ! »

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La peur du « bad buzz »

Plus généralement les femmes, confrontées au harcèlement ou à une agression en milieu professionnel, marchent sur un fil. « Car soit on dit "c’est ok" et on banalise. Soit on fait un scandale et on est fichée. », poursuit Fatima Benomar. Qui se réjouit cependant de la célérité de la sanction de Roland-Garros (suppression de l’accréditation du joueur pour assister aux matchs), car même si cela reste « symbolique », il y a quelques années « il ne se serait rien passé ». De même, la réactivité de la chaîne qui a présenté ses excuses par l’intermédiaire du présentateur Henri Leconte, ancien tennisman, montre une évolution dans le traitement des agressions envers les femmes.

« C’est la peur du bad buzz qui fait réagir. Et sur ce créneau on peut se féliciter que les associations féministes aient toujours été en première ligne pour relayer l’info. » Un signal que tout n’est plus toléré.