VIDEO. « J’entends une explosion très très forte. Puis une douleur ». Une victime de violences policières témoigne

VIOLENCES Laurent Théron a perdu son œil droit lors d’une manifestion contre la loi Travail…

Aurélie Bazzara

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Des CRS lors de la manifestation contre le projet de loi travail à Paris le 19 mai 2016
Des CRS lors de la manifestation contre le projet de loi travail à Paris le 19 mai 2016 — KENZO TRIBOUILLARD AFP

Cela faisait 16 ans qu’il n’avait pas manifesté. Contre la loi Travail, Laurent Théron décide de se mobiliser. Le 15 septembre 2016, il prend part au cortège place de la Bastille à Paris. « C'était calme, il y avait un groupe de jeunes qui chantait », se rappelle le secrétaire hospitalier de 47 ans. Mais petit à petit l’ambiance se tend. « D’un coup, j’entends une explosion très très forte. Puis une douleur », se rémémore-t-il. Touché par une grenade de désencerclement, Laurent Théron perd l’usage de son œil droit.

Quelques mois après son incident, Laurent Théron est toujours suivi médicalement pour un choc post-traumatique. « Je ne pourrais plus jamais jouer au ping-pong avec mon fils », soupire le quadragénaire. Son prochain combat : obtenir justice. Une enquête a permis d’identifier le policier qui a émis le tir mais pas encore son degré de responsabilité. « Je souhaite qu'il soit condamné. Car ils le sont rarement condamnés dans ce genre d’affaires et cela crée un climat d’impunité ».

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Comme Laurent Théron, d’autres manifestants se disent victimes de violences policières. « Des matraques, des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène ont été utilisés contre des manifestants pacifiques qui ne semblaient pas menacer l’ordre public », peut-on lire dans le rapport d’Amnesty International publié mercredi.

Nicolas Krameyer, responsable du programme « Libertés » au sein de l'ONG, pointe en particulier « le recours immodéré aux nasses, c’est-à-dire au confinement des manifestants très souvent pacifiques ». Une manœuvre, dit-il, « qui peut être autorisée en droit international » afin de séparer de la foule des individus violents. Mais, ajoute-t-il, les forces l’ordre en abuse et retiennent les manifestants « plusieurs heures sans aucune raison ».