Procès de la filière Cannes-Torcy: Camping-car, bombes artisanales et repérages... Les vacances très spéciales «entre frères» sur la Côte d'Azur

JUSTICE Ce lundi, la cour d’assises spéciale de Paris s’est penchée sur le voyage organisé à l’été 2012 pour réunir la bande de Torcy et celle de Cannes…

Hélène Sergent
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Jérémy Bailly est considéré comme le n°2 de la filière radicale de
Jérémy Bailly est considéré comme le n°2 de la filière radicale de — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • En juillet 2012, le groupe originaire de Torcy séjourne à Cannes (Alpes-Maritimes) pendant deux semaines à l’initiative de Jérémy Bailly, considéré comme le n°2 de la filière.
  • Selon les accusés, il s’agissait d’un voyage « touristique ».
  • Le procès doit se tenir jusqu’au 21 juin.

Un « séjour fondateur ». Voilà comment les enquêteurs dépeignent l’escapade organisée à l’été 2012 par la bande de Torcy pour retrouver celle de Cannes, toutes deux jugées devant la cour d’assises spéciale de Paris. Certains des accusés originaires de Seine-et-Marne ont pourtant décrit ce lundi à la cour un simple « voyage touristique » entre « frères » sur la côte d’Azur.

Depuis trois semaines, dix-sept membres présumés de la filière djihadiste dite de « Cannes-Torcy » comparaissent. Ils sont suspectés d’être à l’origine de l’attentat contre une épicerie casher de Sarcelles en septembre 2012 et d’avoir fomenté quatre autres projets d’attentats, déjoués à temps par les services de renseignement.

« Des activités banales »

Chignon relevé sur la tête, Jérémy Bailly est longuement revenu sur ce séjour organisé par ses soins. En juillet 2012, il propose à quelques amis d’enfance et à d’autres rencontrés à la mosquée de Torcy de partir pour les Gorges du Verdon. En réalité, l’homme à la voix éraillée conduira le groupe à Cannes (Alpes-Maritimes), ville où est installé à mi-temps son ami Jérémie Louis-Sidney. Ultra-virulent, violent et radical, ce dernier a été tué par les forces de l’ordre lors de son interpellation à Strasbourg après les avoir prises pour cible avec une arme.


« À la base, ce voyage, c’était pour être dans la nature, sur la côte avec les frères (…) On allait à la mer, pêcher, des barbecues, on faisait du foot (…) c’était uniquement des activités banales », a raconté Bailly. Mais les vacances entre amis prennent rapidement une autre tournure. Malgré les réticences de certains, Louis-Sidney est très présent et Bailly l’accompagne dans ses projets violents. À tel point que certains rentreront prématurément en région parisienne.

Atelier bombes artisanales et repérages

Surveillé par la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), Jérémie Louis-Sidney délègue une partie des tâches à Bailly et met en relation ses amis cannois rencontrés à la mosquée avec les « vacanciers » de Torcy. Pendant ce séjour, Jérémy Bailly va acheter 5kg de salpêtre et un « atelier » de confection de bombes artisanales sera organisé dans l’appartement d’un des accusés. Il se chargera également des repérages autour d’une base militaire à Draguignan (Var) et accompagnera Louis-Sidney à Marseille (Bouches-du-Rhône) pour se procurer des armes.


« Vous achetez des armes, volez des munitions, vous les montrez dans le camping-car (…) Pourquoi, si c’est un voyage touristique ? », s’interroge l’avocat général. Bailly élude : « À cette époque, je pensais très peu, je dormais très peu, je conduisais beaucoup, c’était le ramadan… ». Pour autant l’accusé ne nie pas les projets violents imaginés par son acolyte : « Sur les militaires, j’étais dans une optique à la Merah (…) mais si Jérémie Louis-Sidney m’avait dit "trouve une école juive", ça s’arrêtait là pour moi ».

Les interrogatoires des autres accusés doivent se poursuivre toute la semaine afin de déterminer la matérialité de « l’association de malfaiteurs à visée terroriste » liant la bande de Torcy à celle de Cannes.