L’impossible épilogue du double meurtre de Montigny-lès-Metz

PROCÈS Condamné, mercredi soir, à la perpétuité pour les meurtres de Cyril Beining et d’Alexandre Beckrich, Francis Heaulme a immédiatement indiqué qu’il faisait appel du verdict…

Vincent Vantighem

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Francis Heaulme à l'ouverture de son procès, le 3 décembre 2001 au palais de justice de Metz
Francis Heaulme à l'ouverture de son procès, le 3 décembre 2001 au palais de justice de Metz — DAMIEN MEYER AFP
  • Francis Heaulme a été condamné à la perpétuité dans l’affaire de Montigny.
  • Il a immédiatement indiqué qu’il faisait appel du verdict.
  • Trente ans après, les parents des victimes sont toujours aussi partagés

A la cour d’assises de la Moselle,

Il y a la vérité judiciaire. Et il y a la vérité tout court. Dans la plupart des cas, la première suffit à établir la seconde. Mais l’affaire de Montigny-lès-Metz n’obéit décidément à aucune logique. Mercredi, peu avant 23h, la cour d’assises de la Moselle a donc condamné Francis Heaulme à la réclusion criminelle à perpétuité pour les meurtres de Cyril Beining et d’Alexandre Beckrich, deux enfants de Montigny massacrés à coups de pierre, le 28 septembre 1986. Cela ne constitue pourtant, en rien, l’épilogue de cette histoire sordide commencée il y a plus de trente ans.

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D’abord parce que Francis Heaulme a mis moins de dix minutes, une fois le verdict énoncé, à mandater ses avocats pour faire appel de sa condamnation, la neuvième de son histoire personnelle. Surtout parce que la cour d’assises n’est jamais parvenue, en quatre semaines d’audiences, à se débarrasser du parfum de malaise qui entoure ce dossier. Et ce n’est pas faute d’avoir, jour après jour, ouvert les larges fenêtres du prétoire.

Montage de photos non datées d'Alexandre Beckrich et Cyril Beining
Montage de photos non datées d'Alexandre Beckrich et Cyril Beining - AFP

L’empreinte de Dils incrustée dans le bois des assises

Illustration avec Thierry Moser, l’avocat des parents du petit Alexandre. Sur les marches du palais, mercredi soir, il expliquait « souscrire pleinement à ce verdict ». Sans parvenir à s’en satisfaire véritablement. « Je serais pleinement heureux si les Beckrich pouvaient retrouver un peu de paix, confie-t-il. Mais je ne sais pas si ce vœu pourra se réaliser avant un certain temps. Je reste préoccupé par la psychologie de mes clients… »

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Celle-ci est apparue, brutalement, mardi à la barre de la cour d’assises. Invitée à témoigner, Dominique Beckrich, la maman, a clairement indiqué qu’elle considérait toujours Patrick Dils comme le coupable des faits. « On sait ! Je sais ! Et rien ne pourra venir me prouver le contraire ! »

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Définitivement innocenté en 2002 après 15 ans de détention, Patrick Dils a laissé une telle empreinte dans le bois de cette cour d’assises l’ayant condamné en 1989 que son nom a été régulièrement cité lors des débats. Pas plus tard que mercredi, encore, quand l’avocate Liliane Glock a plaidé pour la défense de Francis Heaulme. « On parle des aveux… Il y a eu l’épisode Patrick Dils quand même… », a-t-elle lâché histoire d’instiller un peu plus le poison du doute dans l’esprit des jurés et même celui des parties civiles

« Mon-ti-gny, ce-n’est-pas-moi ! », martèle Heaulme

Un doute permis par le fait que Francis Heaulme, contrairement à Patrick Dils, n’a, lui, jamais avoué les faits. Invité à livrer ses derniers mots à la cour, mercredi après-midi, il a pris soin de détacher chaque syllabe de son traditionnel mantra : « Mon-ti-gny, ce-n’est-pas-moi ! » Pas d’aveu donc. Plus aucun élément de preuves depuis leur destruction en 1995. Et voilà l’usine l’usine à fantasmes de Montigny-lès-Metz qui se remet en marche.

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Détaillant sur cinq pages les motivations qui l’ont conduite à prononcer une condamnation, la cour d’assises s’en est donc remise à l’écheveau quasi-inextricable d’éléments troublants impliquant le « Routard du crime » dans cette affaire. Il était présent sur les lieux le jour du drame. La scène de crime présente des « similitudes » avec celles des meurtres pour lesquels il a déjà été condamné. Surtout, « il tue pour peu de chose »…

Ce sera le sixième procès en un peu plus de 30 ans

Son casier judiciaire en atteste. Déjà condamné pour neuf meurtres avant le procès de l’affaire de Montigny, il purge actuellement deux peines de perpétuité et 125 années de prison confondues. La condamnation ne change donc rien à son sort judiciaire. Pas plus qu’elle n’apaise la somme de douleurs qui écrase les parents des victimes.

Légèrement voûtée, Chantal Beining, la mère du petit Cyril, a ainsi quitté, mercredi soir, le palais de justice seule après avoir pris soin de saluer l’ensemble des avocats. Qui sait s’il ne leur a pas dit « A bientôt ». Car, « s’il y a un procès en appel, on ira au procès en appel », a-t-elle simplement indiqué à son avocate, avant cela. Ce sera le sixième auquel elle assiste en un peu plus de 30 ans. Avec, chevillé au corps, l’espoir de savoir enfin « pourquoi on a tué [son] gosse ? »

Retrouvez la retranscription des débats du procès sur Twitter : @vvantighem