L'accro aux sites de rencontres accusé d’une dizaine de viols condamné à 13 ans de prison

JUSTICE Les victimes rencontrées via internet étaient toutes jeunes et se décrivaient comme « naïves ou timides »…

20 Minutes avec AFP

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Le prévenu rencontrait les femmes sur internet avant de les agresser sexuellement.
Le prévenu rencontrait les femmes sur internet avant de les agresser sexuellement. — Jean-Marc Quinet/ISOPIX/SIPA

Quelques messages échangés sur « Adopte un mec » ou « Twoo ». Des rencontres rapides. Au bout du compte, une dizaine d’accusations de viols. L'accro aux sites de rencontre a été condamné à 13 ans de prison et cinq ans de suivi socio-judiciaire et une injonction de soins.

La cour d'assises des Yvelines a jugé Willy Désir, 34 ans, coupable d'avoir violé neuf femmes parmi lesquelles deux étaient enceintes, dont sa compagne, d'avoir tenté de violer une dixième victime et agressé sexuellement une onzième. Le tout aggravé par la circonstance des rencontres en ligne. 

L’avocat général avait requis une peine « conséquente » de 15 ans de prison, « compte tenu du nombre de victimes, de leur jeune âge, de ses dénégations systématiques, des termes orduriers dans les messages qu’il leur a envoyés », a-t-il souligné dans son réquisitoire. Le « mépris » de l’accusé envers ses victimes « n’est pas un mot assez fort », a ajouté le représentant de l’accusation.

Pas de procès en imprudence 

Willy Désir, qui se montrait « insistant » pour rencontrer rapidement ces femmes se décrivant « comme naïves ou timides », semblait ne pas supporter « qu’on lui dise non ». L’accusé « avançait masqué, il dissimulait ses intentions purement sexuelles en se présentant comme seul et à la recherche d’une relation sérieuse », a ajouté le magistrat. Les enquêteurs ont identifié, au total, onze jeunes femmes relatant des faits comparables survenus en 2013: sept viols, viols sur deux femmes enceintes dont sa compagne, tentative de viol sur une dixième, agression sexuelle sur une onzième. Le tout aggravé par la circonstance des rencontres sur internet.

Ces femmes « ne se connaissaient pas », « des convergences dans leurs récits donnent du poids à leurs accusations », a souligné l’avocat général. Seules quatre victimes déclarées se sont constituées partie civile. Six n’ont pas souhaité se présenter devant la cour.

« Adopte un mec » ? Pour l’une, c’était « un délire avec une cousine », une autre espérait y rencontrer « du sérieux »… Pressées de questions, ces jeunes femmes ont évoqué, à la barre, leur « naïveté » et leur « honte » d’avoir été violées. Alors leurs avocates ont mis la cour en garde : pas question de faire leur procès en imprudence. « Parce qu’elles seraient inscrites sur un site de rencontres, ça donnerait tous les droits à celui qu’elles rencontreraient ? », a ainsi plaidé Me Isabelle Davroult, avocate d’une jeune femme blonde de 29 ans.

Relations sans affect et sans préservatif

« J’ai l’impression qu’on lui reproche un crime de naïveté, mais ce n’est pas elle qu’on juge ». « Adopte un mec » publie des « règles de prudence » à destination de ses utilisateurs, qui peuvent signaler tout profil « suspect » ou « inapproprié ». Bouc et cheveux ras, Willy Désir, 34 ans, déjà condamné pour divers délits, n’a eu de cesse de nier en bloc, affirmant que ces femmes consentaient à ces relations sexuelles sans affect et sans préservatif.

« Vous n’aimez pas trop qu’on vous dise non ? » l’a interrogé le procureur. « Ouais, peut-être ». Mais l’accusé s’est défendu, froidement, d’être violent ou méprisant envers les femmes : « Ce sont des êtres humains ». Vendredi, la défense de cet homme un temps militaire, puis manutentionnaire ou vendeur, a évoqué son enfance difficile, entre père inconnu et abandon maternel, avant de questionner méthodiquement la cour : y avait-il ou non consentement ?

« Tu reviens quand ? », lui avait ainsi demandé une femme. Une autre « s’était déplacée chez lui à 22 h alors qu’elle l’avait rencontré quatre heures plus tôt, on en est à se demander quelle est l’intention des unes et des autres quand elles vont le rencontrer », a lâché son avocat, Me Fabien Arakelian, en réclamant son acquittement. « Elles sont fragiles et forcément, la parole l’est tout autant ». Willy Désir a pris la parole une dernière fois avant la clôture des débats : « Je regrette ma manière d’avoir parlé à certaines. J’ai jamais forcé une personne à avoir une relation sexuelle avec moi ».