Procès Heaulme: A la recherche du wagon, des photos et du bocal d’excréments perdus

PROCÈS Le gendarme Laurent Iltis est venu jeudi raconter les recherches qu’il a effectuées 20 ans après les faits pour retrouver les preuves matérielles disparues…

Vincent Vantighem

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Montigny-lès-Metz (Moselle), le 24 avril 2017. Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, ont été tués à coups de pierre sur ces voies ferrées en septembre 1986.
Montigny-lès-Metz (Moselle), le 24 avril 2017. Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, ont été tués à coups de pierre sur ces voies ferrées en septembre 1986. — V. VANTIGHEM
  • Francis Heaulme est jugé pour le double meurtre de Montigny, en 1986.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Toutes les preuves matérielles ont disparu avec le temps.

A la cour d’assises de la Moselle,

Laurent Iltis s’est présenté, à la barre, en tenue officielle de gendarme. Droit comme la rigueur. Et la cour d’assises de la Moselle a tout de suite compris que l’ancien lieutenant-colonel n’était pas du genre à laisser les choses au hasard. Comme Jean-François Abgrall et Francis Hans, il a été chargé d’enquêter sur le double meurtre des enfants de Montigny-lès-Metz pour lequel Francis Heaulme est jugé, depuis le 25 avril.

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Laurent Iltis s’est, lui, chargé de la période allant de 2002 à 2006. A l’époque, après quinze ans de prison, Patrick Dils venait d’être innocenté. « Toutes les preuves matérielles avaient été détruites depuis longtemps, résume-t-il sobrement. Et l’enquête initiale n’avait pas été satisfaisante… » Pas de quoi arrêter dans sa course ce triathlète accompli.

Le cliché numéro 20 et la trace de main ensanglantée

« J’ai commencé par regarder les photos de la scène de crime de l’époque. » En particulier le cliché numéro 20. Il dévoile une trace de main ensanglantée sur un wagon, à côté duquel les corps des gamins ont été découverts. Celle du tueur ?

Le gendarme se demande si la photo ne suffirait pas à isoler une empreinte digitale. On lui réclame le négatif pour vérifier. Il le cherche partout. Dans les archives de la police. Chez l’ancien inspecteur Varlet. Jusque chez la veuve d’un photographe de presse local. « Chou blanc ».

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Un wagon, des satellites et un bocal de matières fécales

Si l’on ne trouve plus la photo, pourquoi ne pas chercher directement le wagon. Modèle Riveurop. Numéro 0185. Il pousse toutes les portes à la SNCF. Le filet est jeté. Mais il existe 1.664 wagons de ce type et celui de Montigny a joué les filles de l’air. « Chou blanc ».

Prenons un peu de hauteur. Les faits se sont déroulés le dimanche 28 septembre 1986. Et si un satellite était passé au-dessus de Montigny ce jour-là. « On m’a dit qu’à l’époque, la précision des satellites était de 15 mètres, confie-t-il. On pouvait confondre une voiture avec un arbre sur les images. Cela ne servait à rien. »

Le gendarme relit alors le dossier. Il se rappelle que de « la matière fécale fraîche » a été prélevée sur les lieux du crime. « J’ai fouillé tous les frigidaires et les congélateurs des instituts médicaux-légaux du secteur à la recherche de ce bocal… » Chou blanc.

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« C’est impressionnant. Mais vous n’avez rien trouvé ! »

Il en va ainsi à l’époque de l’existence du gendarme. Chercher des aiguilles dans des bottes de foin. Des éléments de preuve dans une enquête tellement bâclée qu’elle vaut, 30 ans après, d’être toujours irrésolue. La 4L des pêcheurs qui ont « ramassé » Francis Heaulme a été « vendue et revendue ». Son vélo est introuvable. Les vêtements des enfants ont disparu. Quant au parquet de la chambre du tueur que l’enquêteur fait découper, 20 ans après les faits, il ne révèle aucune trace de sang. « Chou blanc », répète-t-il.

« Vous avez fait un travail d’une nature assez impressionnante, réagit Liliane Glock, l’avocate de Francis Heaulme. Mais vous n’avez rien trouvé ! » Si ce n’est une conviction. Comme ses collègues gendarmes, Laurent Iltis laisse entendre que Francis Heaulme, qu’il a réinterrogé en garde à vue, a bien quelque chose à se reprocher dans cette affaire. Des convictions, c’est tout ce qu’il reste de ce dossier, 30 ans après les faits. Le verdict est attendu le 18 mai.