Journée mondiale contre l'homophobie: «Ma manager m'a dit qu'être gay allait poser problème»

VOUS TÉMOIGNEZ Ils ont affiché leur homosexualité au travail et les réactions ont été très variées. Ils racontent…

Nicolas Raffin

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Le drapeau LGBT lors d'une manifestation en faveur du mariage pour tous en 2013.
Le drapeau LGBT lors d'une manifestation en faveur du mariage pour tous en 2013. — A.Gelebart/20 Minutes

Alors que sed éroule mercredi la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le cabinet de conseil en stratégie BCG a dévoilé vendredi dernier les résultats d’une étude* sur les rapports entre les jeunes LGBT et le monde professionnel. Si 30 % des répondants LGBT français considèrent que faire leur coming-out au travail est un « risque » (contre 49 % en 2015), près de la moitié ne sont pas à l’aise lorsqu’il s’agit d’évoquer leur vie privée : 36 % déclarent « ne pas faire état du genre de [leur] partenaire » et 13 % déclarent mentir sur son genre ou prétendre être célibataire.

L’étude révèle donc une diversité des situations, qui se retrouve aussi dans les témoignages reçus par 20 Minutes sur le sujet. Adrien explique : « Je triche un peu, je ne l’ai pas dit à mon employeur. C’est à double tranchant : j’évite tout le blabla qui y est associé, mais quand certaines blagues sont évoquées, je ne sais pas toujours comment réagir. » Pour Amandine, au contraire, le coming-out n’a jamais été un problème : « J’en parle automatiquement, écrit-elle. Hors de question que je transforme ma copine en copain pour faire plaisir aux gens. Après quatre jobs différents, je n’ai eu aucune expérience négative. »

« Mes collègues masculins ont changé d’attitude »

Louis n’a pas eu cette chance. Cet étudiant de 21 ans qui travaille dans l’Indre-et-Loire garde un très mauvais souvenir d’une entreprise de restauration rapide. « Le coming-out est venu assez naturellement, raconte-t-il, et a été plutôt bien accueilli par les 2/3 personnes à qui je l’ai dit. Sauf qu’au final, toute l’entreprise a fini par être au courant. Je m’en moquais au départ mais c’était très gênant. Très vite, mes collègues masculins ont changé d’attitude, comme si, parce que je suis gay, je voulais absolument les convertir ou les séduire. »

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Il se tourne alors vers sa hiérarchie, mais se heurte là aussi à des réactions homophobes. « Un jour un client m’a insulté en me disant "sale pédé j’vais t’faire bouffer tes morts", se souvient Louis. La direction n’a pas trouvé judicieux de prendre ma défense et m’a laissé seul face à cet incident. J’ai fini par démissionner quand ma manager m’a dit qu’être gay allait poser problème pour mon évolution [de carrière] ».

Etre mieux intégré dans l’entreprise

Louis s’oriente ensuite vers l’animation périscolaire, avec énormément d’appréhension : « l’homosexualité est assez mal vue dans les métiers de la petite enfance, car vite assimilée à la pédophilie ». Heureusement, les réactions sont cette fois-ci très positives : « une mère qui m’avait croisé à une soirée avec mon copain de l’époque est venue me dire d’elle-même que je n’avais aucune peur à avoir, aucune raison d’être mal à l’aise. Depuis, pas mal de parents m’en parlent ouvertement, avec beaucoup de simplicité ».

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Faire son coming-out peut donc permettre de se sentir mieux au travail. C’est ce qu’a vécu Stéphane, qui travaille dans l’ingénierie. Après plusieurs années et alors qu’il vient de se pacser avec son compagnon, il décide d’en parler à son chef. « J’avais un peu d’appréhension, parce que j’avais l’habitude de ne pas en parler, reconnait-il. Maintenant je me sens plus libre. Il y a même une collègue qui m’a dit que j’avais l’air plus heureux ! ».

*Le Boston Consulting Group a réalisé cette enquête via un questionnaire auto-administré en ligne, entre mars et avril 2017 auprès de 1636 répondants ou étudiants jeunes diplômés répartis sur trois géographies européennes : France, Royaume-Uni/Irlande, Allemagne/Autriche.