Présidentielle: Macron et Le Pen, deux candidats à la peine en matière de justice

ELECTIONS « 20 Minutes » a passé au crible les propositions d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen en matière de justice…

V.V.

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Marine Le Pen au tribunal correctionnel de Lyon, le 20 octobre 2015
Marine Le Pen au tribunal correctionnel de Lyon, le 20 octobre 2015 — /FAYOLLE_Photo002/Credit:Pascal Fayolle/SIPA/1510201738
  • Les Français doivent choisir dimanche entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron
  • Les deux candidats accordent peu de place à la justice dans leurs programmes
  • Les syndicats se montrent sceptiques sur la mise en place de leurs propositions

« En résumé, on va avoir du boulot pendant cinq ans… » Laurence Blisson se marre de son trait d’esprit. Mais la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature sait bien que les programmes d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen en matière de justice n’ont, en fait, rien de drôle. « Ils sont simplement caricaturaux », tranche-t-elle.

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A quelques jours du second tour, 20 Minutes a décidé de passer au crible les principales mesures en matière de justice des deux candidats qualifiés pour le second tour de la présidentielle. Histoire de voir à quoi pourrait ressembler l’activité dans les palais de justice jusqu’en 2022…

  • La fin du « laxisme » de Le Pen contre le « pragmatisme » de Macron

Est-ce parce qu’elle est, elle-même, impliquée dans plusieurs affaires judiciaires ? Marine Le Pen ne consacre que sept de ses 144 « engagements pour la France » à la justice. Pas besoin de plus pour marteler qu’il est temps d’en « finir avec le laxisme judiciaire », expression qu’elle répète à l’envi. « Affirmer que la justice n’est pas assez dure, c’est avoir une vision assez éloignée de la réalité, juge Virginie Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats. Il suffit de voir à quel point les prisons sont remplies aujourd’hui pour s’en rendre compte. »

Emmanuel Macron oppose, lui, son « pragmatisme » en matière de justice dans les huit pages de son programme qu’il consacre au sujet. Mais la plupart des propositions sont encore très floues. « Il y a certaines choses positives notamment dans son souhait de moderniser les tribunaux, indique encore Virginie Duval. Mais comment ? Et avec quels moyens ? Pour l’instant, on n’en a aucune idée… »

Un sentiment partagé par Robin Binsard, élève-avocat qui s’apprête à prêter serment en octobre prochain. « Lors de cette campagne, on a évoqué les affaires judiciaires de certains candidats. Mais au-delà de ça, on a l’impression que la justice n’est pas un sujet qui est suffisamment pris au sérieux. »

  • Les propositions en matière pénale à la peine

Marine Le Pen veut rétablir les « peines planchers » chères à Nicolas Sarkozy. « Mais aucune étude n’a montré leur utilité », tacle Virginie Duval. Emmanuel Macron souhaite, lui, que chaque personne condamnée passe d’abord en prison avant que sa peine ne puisse être aménagée à l’extérieur. «  Il nous faudrait 300.000 places de prison pour ça », poursuit la syndicaliste. « Ça prouve qu’il ne maîtrise pas le sujet », abonde Laurence Blisson

Les mesures en matière de droit pénal semblent souffrir d’une grande méconnaissance du monde judiciaire. Illustration avec l’une des sept propositions de la candidate du Front national : mettre en place « une vraie peine de perpétuité réelle et incompressible ». C’est oublier un peu vite que la Cour européenne des droits de l’homme l’interdit et que le droit français prévoit déjà des dispositions pour éviter que les détenus les plus dangereux ne sortent de prison, même après 30 ans passés derrière les barreaux. « Vous imaginez vraiment que Francis Heaulme va sortir un jour ? », lâche ainsi Virginie Duval.

  • Une course à la construction de places de prison

15.000 du côté d’Emmanuel Macron. 40.000 pour Marine Le Pen.Surpopulation carcérale critique, les deux candidats sont d’accord sur le fait qu’il faut construire des places de prison supplémentaires. « Et on sait bien que plus on construit de places de prison, plus on les remplit », déplore Marie Crétenot, juriste pour l’Observatoire international des prisons. Un avis partagé par l’Observatoire de la justice pénale, un think-tank apolitique créé il y a un an tout juste. « Au-delà de la création de places, il n’y a rien. Ou pas grand-chose… », indique son porte-parole.

>> Analyse: Pourquoi il faut résoudre le problème de la surpopulation carcérale ?

Emmanuel Macron évoque bien son projet de création d’une agence des mesures alternatives à l’incarcération. Mais sans donner de détails à ce propos. « Et dans le même temps, il souhaite que chaque personne condamnée passe inévitablement par la case prison. C’est contradictoire et surtout irréaliste », tacle à ce sujet Marie Crétenot.

  • Une « indépendance de la justice » très variable

Au sujet des institutions, Marine Le Pen ne formule qu’une proposition claire : supprimer l’Ecole nationale de la magistrature afin de « rompre avec la culture du laxisme ». Pas compliqué de voir de quel œil elle juge la profession de magistrats. « Elle souhaite avoir une justice aux ordres », résume Laurence Blisson.

Emmanuel Macron va, lui, un peu plus loin sur le sujet. Il entend consacrer l’indépendance du parquet durant son mandat, réforme que François Hollande a échoué à mener et propose de « consolider » l’interdiction faite au ministre de la justice de donner des instructions dans les affaires individuelles. « Là encore, le principe est positif. Mais comment compte-t-il s’y prendre ? C’est le mystère », estime Virginie Duval.

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