Francis Heaulme à la «manœuvre» quelques jours avant le double meurtre de Montigny-lès-Metz

PROCES Juste avant le double meurtre des enfants de Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme était un « manœuvre » turbulent dans une entreprise du bâtiment…

Vincent Vantighem

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Metz (Moselle), le 25 avril 2017. Francis Heaulme dans le box de la cour d'assises de la Moselle où il est jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz.
Metz (Moselle), le 25 avril 2017. Francis Heaulme dans le box de la cour d'assises de la Moselle où il est jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Francis Heaulme est jugé depuis mardi pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz.
  • Ce vendredi, ses anciens collègues sont venus raconter sa vie à l'époque.
  • Il encourt, le 18 mai prochain, une nouvelle peine de réclusion à perpétuité.

A la cour d’assises de la Moselle,

Jean a des « problèmes de surdité ». Il a également du mal à s’exprimer clairement. Aussi quand, ce vendredi, il explique que « Francis devait pas monter en haut du chantier (…) Alors que moi je voulais pas qu’il descende en bas », la cour d’assises de la Moselle marque logiquement un temps d’arrêt.

>> Les faits: Francis Heaulme jugé 30 ans après Montigny-lès-Metz

Mais personne ne rit : la phrase dit tellement de l’ancienne vie de Francis Heaulme. Celle de septembre 1986. Quelques semaines avant le double meurtre, à Montigny-lès-Metz, de Cyril Beining et Alexandre Beckrich pour lequel il est jugé depuis mardi. A cette époque, Jean travaille avec « Francis » au sein de l’entreprise CTBE Lorraine. Celui qui n’est pas encore le « Routard du crime » vient d’être embauché comme manœuvre. Le patron connaît sa grand-mère. Il sait qu’elle n’a pas « beaucoup de moyens ». Il a eu « un peu pitié ».

Montage en date du 21 septembre 2004 de photos non datées d'Alexandre Beckrich et Cyril Beining
Montage en date du 21 septembre 2004 de photos non datées d'Alexandre Beckrich et Cyril Beining - AFP

Une tuile pour Francis Heaulme à Amneville

Mais il ne lui faut pas longtemps pour s’apercevoir que Francis Heaulme n’est pas très efficace. Et surtout qu’il est dangereux. Il demande à Jean de le surveiller. De l’empêcher de « monter en haut du chantier. » Pas facile quand on est couvreur. Jean préfère, au contraire, que Francis l’accompagne sur le toit d’où il peut, ainsi, l’empêcher de « descendre en bas ». Logique : en bas, il y a les rayons du « Cora de Verdun » qu’ils agrandissent. Un jour, Francis Heaulme n’y tient plus. Il vole une bouteille de whisky dans le supermarché et la descend rapidement.

Jean jette l’éponge. Le manœuvre Heaulme se retrouve sur un autre chantier à Amneville. Ses collègues de l’époque sont morts aujourd’hui. Alors le président de la cour d’assises lit leurs anciennes dépositions. Elles évoquent un « homme méchant » qui « montre son sexe aux automobilistes » quand il ne parle pas de son souhait « de faire l’amour à sa sœur dans une forêt ». Un homme qui boit toujours autant. Et qui est d’ailleurs complètement saoul quand il se poste sur le toit pour jeter des tuiles sur les passants.

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« Il m’a agressée. Il m’a collée contre le mur »

L’incident de trop. « Je lui ai dit que je ne voulais plus le voir, se rappelle Marc, le responsable de chantier, qui témoigne après Jean. Il m’a répondu : "Tu ne sais pas de quoi je suis capable !" » C’est Marjorie qui le découvre la première. Agée de 52 ans, l’ancienne secrétaire-comptable de CTBE a, ce vendredi matin à la barre, la voix aussi tremblante que ce soir de 1986 où Francis Heaulme est entré dans son bureau.

« Je lui ai dit qu’il était licencié. Cela ne lui a pas plu. Il m’a agressée. Il m’a collée contre le mur. J’ai crié et les collègues sont arrivés très vite. » Fin de carrière pour le manœuvre. Il revient chercher sa paye quelques jours plus tard. Le lendemain, le patron de Marjorie lui conseille de s’enfermer dans son bureau. Deux enfants de 8 ans viennent d’être massacrés sur le talus d’une voie SNCF désaffectée qui jouxte CTBE. Francis Heaulme a toujours dit que ce n’était pas lui. Son procès doit se poursuivre jusqu’au 18 mai.