VIDEO. Retrait «furtif» du préservatif: «C’est un comportement d’agresseur sexuel»

SEXUALITE Le « stealthing » a été mis en lumière par une étude…

Nicolas Raffin

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Pour Marianne Niosi, « Les garçons qui imposent le non-port du préservatif,c’est un manque d’empathie, une absence de réalisation du risque qu’ils font courir à leur partenaire et à eux-mêmes. »
Pour Marianne Niosi, « Les garçons qui imposent le non-port du préservatif,c’est un manque d’empathie, une absence de réalisation du risque qu’ils font courir à leur partenaire et à eux-mêmes. » — Superstock / Sipa.

C’est une pratique sexuelle qui inquiète. Une étude publiée la semaine dernière par Alexandra Brodsky, une juriste américaine, s’intéresse au « stealthing » (furtivité). Cette technique consiste, pour l’homme, à retirer son préservatif en plein rapport sexuel, sans en avertir sa ou son partenaire. Pour la chercheuse, loin d’être une « expérience sexuelle décevante », le « stealthing » est à ranger dans la catégorie des violences.

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Une analyse partagée par Marianne Niosi, conseillère au planning familial. « J’ai récemment discuté avec une femme qui était enceinte et prévoyait une IVG, raconte-t-elle. Avec son partenaire, elle avait commencé un rapport sexuel avec un préservatif… et elle a découvert qu’il l’avait enlevé avant la fin. Elle était horrifiée. Comme souvent, les personnes victimes de violence, lorsqu'elles discutent avec nous, parviennent à mettre des mots sur la gravité de la situation. »

« C’est un manque d’empathie »

Pour la spécialiste, il n’y a pas d’hésitation à avoir. « C’est vraiment un comportement d’agresseur sexuel, juge-t-elle. Certains hommes sont tellement sûrs d’être dans leur bon droit en pensant que le corps des femmes leur appartient. » Marianne Niosi opère un rapprochement entre le retrait « furtif » du préservatif et une autre pratique : « Ce qui est plus fréquent, ce sont des garçons qui imposent le non-port du préservatif : c’est un manque d’empathie, une absence de réalisation du risque qu’ils font courir à leur partenaire et à eux-mêmes. »

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Au-delà d'imposer un rapport non consenti, avoir des rapports non protégés « c’est mettre sa partenaire et soi-même en risque, que ça soit vis-à-vis d’infections sexuellement transmissibles ou de grossesse », explique le sexologue Gilbert Bou Jaoudé.

Pour le spécialiste, retirer le préservatif pendant un rapport peut répondre à plusieurs logiques : « On sait que chez certaines personnes, le risque participe à l’excitation sexuelle. Cela peut être un des ressorts. Il y a un deuxième ressort rarement verbalisé : beaucoup d’hommes peuvent perdre leur érection ou avoir des difficultés à éjaculer lorsqu’ils mettent un préservatif. Donc ils peuvent être tentés de s’en débarrasser. Enfin, les progrès de la médecine font que les jeunes craignent beaucoup moins d’attraper le VIH. »

« Il vaut mieux gâcher ce moment que gâcher le reste de sa vie »

Selon Marianne Niosi, « le « stealthing » doit aussi interroger sur la place de chacun lors d’un rapport sexuel : « Il y a une survalorisation du plaisir masculin, estime-t-elle, et pour certains c’est compliqué de rompre avec cette représentation. »

Gilbert Bou Jaoudé s’adresse pour sa part aux femmes ou aux hommes victimes d’un partenaire peu scrupuleux : « Peu importe la situation, vous êtes toujours légitime à demander le port du préservatif, affirme-t-il. Si vous remarquez que le garçon enlève le préservatif et se fâche ou s’éloigne lorsque vous lui demandez de le remettre, ça ne vaut pas la peine de continuer. Il vaut mieux gâcher ce moment que gâcher le reste de sa vie. »