Guyane: Les barrages levés… jusqu’à nouvel ordre

CONFLIT SOCIAL «Tous les barrages sont ouverts, pas levés», rappelle le collectif «Pou la Gwiyann dékolé», à l’origine d’un conflit social qui dure depuis plus de trois semaines en Guyane…

20 Minutes avec AFP

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Le 11 avril 2017 des poids lourds bloquent toutes les routes à un carrefour en Guyane. Seuls les piétons et les vélos peuvent passer.
Le 11 avril 2017 des poids lourds bloquent toutes les routes à un carrefour en Guyane. Seuls les piétons et les vélos peuvent passer. — SIPA

Après plus de trois semaines de conflit social en Guyane et un fossé croissant entre opposants et partisans des blocages, le collectif «Pou la Gwiyann dékolé» («Pour que la Guyane décolle») a décidé de lever les barrages «jusqu'à nouvel ordre». Une nouvelle réunion du collectif aura lieu lundi.

La Guyane est paralysée par un mouvement social qui porte des revendications sécuritaires, économiques et sociales pour permettre le rattrapage de ce territoire d'outre-mer par rapport à l'Hexagone.

La pression maintenue sur le Centre spatial guyanais

Les barrages seront tous ouverts, hormis quelques-uns jugés stratégiques, notamment celui du Centre spatial guyanais, vitrine économique du territoire, mais symbole pour les Guyanais des inégalités persistantes. Le mouvement social empêche le lancement de la fusée Ariane depuis plus de trois semaines.

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Le collectif, par l'intermédiaire de son porte-parole Mikael Mancée, leader charismatique du mouvement des «500 frères contre la délinquance», dont la particularité est de se déplacer cagoulés, a immédiatement prévenu sur Guyane 1re: «Tous les barrages sont ouverts, pas levés», soulignant que la mobilisation se poursuivait. «On peut circuler, en cette période culturelle forte pour la Guyane», a-t-il assuré. Le week-end pascal est un moment très suivi par la population guyanaise.

« Un président qui n’a jamais porté attention à notre égard »

Le collectif, composé de socio-professionnels, d'associations, de syndicats et d'élus, a également refusé qu'une délégation se rende à Paris pour rencontrer François Hollande.

L'hypothèse d'une telle délégation avait été évoquée dans l'après-midi, mais elle n'a finalement pas été retenue, pour marquer «la colère de la population vis à vis d'un président qui n'a jamais porté attention à notre égard depuis le début du mouvement», a déclaré un membre du collectif, Youri Antoinette.

Dans la journée, les socio-professionnels avaient expressément demandé «la levée des barrages routiers qui nous divisent», pour «faire perdurer l'esprit du 28 mars (journée d'une mobilisation historique en Guyane, ndlr) et sauver les emplois guyanais».

« On est mobilisé, ça ne changera plus jamais »

«On est mobilisé, ça ne changera plus jamais, on a soulevé quelque chose qui ne s'arrêtera pas. On est parti pour des mois», a prévenu Mikael Mancée. Le collectif a décidé de se structurer en différents «pôles» pour la suite du mouvement. «On établit des dossiers qui concerneront l'ensemble du territoire, dans tous les domaines», a-t-il expliqué. Jeudi après-midi, une nouvelle manifestation a rassemblé quelque 250 lycéens et étudiants à Cayenne, derrière une banderole «Propulser une jeunesse déterminée».

Alors que le gouvernement a validé la semaine dernière un plan d'urgence de plus d'un milliard d'euros pour ce territoire, «Pou La Gwiyann dékolé» réclame 2,1 milliards supplémentaires. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a indiqué mercredi qu'il souhaitait l'installation du comité de suivi local du plan d'urgence, «le 20 avril au plus tard».

Des voix qui réclament la fin des blocages

Depuis plusieurs jours, des voix se faisaient entendre crescendo pour réclamer la fin des blocages, après trois semaines d'un conflit qui a paralysé l'économie de tout le territoire. Mercredi, onze plaintes pour «entrave à la libre circulation» ont été déposées à Cayenne par une centaine de chefs d'entreprises, commerçants et artisans, au lendemain d'une première manifestation anti-blocage à Kourou. Ils ont notamment justifié leur action par des pertes financières de plus en plus importantes.

La «grève générale illimitée», décrétée le 25 mars et qui bloque le port de Cayenne, entraîne toujours des pénuries, notamment de produits frais.

Et à l'hôpital de Cayenne, la directrice a annoncé jeudi la fermeture d'un service de chirurgie à partir de vendredi, en raison du manque d'effectifs lié au mouvement social.