Le combat d'une mère pour retrouver les meurtriers de son fils, tué il y a dix ans

FAITS DIVERS Il y a dix ans, Jonathan Vantillard, 18 ans, était laissé pour mort au pied d’un escalier, à Auxonne en Côte-d’Or. Depuis, ses meurtriers courent toujours. Sa mère se bat pour que justice soit faite…

Thibaut Chevillard

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Tous les matins, depuis dix ans, Florbela Dos Santos vient se recueillir à l'endroit exacte où son fils a été retrouvé
Tous les matins, depuis dix ans, Florbela Dos Santos vient se recueillir à l'endroit exacte où son fils a été retrouvé — Thibaut Chevillard

De notre envoyé spécial à Auxonne (Côte-d'Or),

Attablée à la terrasse d’un café dans le centre-ville d’Auxonne, Florbela Dos Santos prend une dernière gorgée de Coca. Puis, cette petite brune aux longs cheveux ondulés commence son récit. Celui d’une mère effondrée, menant un véritable combat pour connaître la vérité sur la mort de son fils. Qui s’en est pris à « Jon-Jon » dans la nuit du 13 au 14 avril 2007, à 40 mètres de chez elle ? Et pourquoi les agresseurs se sont-ils acharnés à ce point sur ce jeune homme de 18 ans, handicapé de naissance ? « Connaître la vérité ne va pas me soulager. Mais un crime a été commis et justice doit être faite », explique-t-elle à 20 Minutes.

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Pas facile pour elle de se confier à un journaliste. De raconter cette matinée du 14 avril 2007, où le corps agonisant de Jonathan est retrouvé par un livreur dans une petite cour, au pied d’un escalier. Lorsqu’il arrive aux urgences de l’hôpital central de Dijon, le jeune homme, né sans oreilles, a des vertèbres brisées, un double pneumothorax, trois fractures du crâne. Il décède six jours plus tard. « Il est tombé sur de véritables prédateurs. Il ne faut pas être humain pour être capable de faire cela. Ce sont des monstres », souffle-t-elle en essuyant ses larmes. « Tout le monde ici aimait Jonathan. Il était plein d’humour, souriant, toujours prêt à aider. Il rêvait d’aller à New-York, de devenir danseur professionnel. »

Jonathan Vantillard était né sans oreille et souffrait d’une grave maladie orpheline
Jonathan Vantillard était né sans oreille et souffrait d’une grave maladie orpheline - DR

Depuis, les meurtriers du jeune garçon courent toujours, leur identité étant restée inconnue. « C’est une enquête extrêmement compliquée à mener », explique à 20 Minutes une source proche du dossier. « Les premières constatations n’ont pas forcément été bien faites », reconnaît-elle également. En effet, les gendarmes ont trop rapidement délaissé la scène de crime. Et lorsque les techniciens en identification criminelle sont arrivés, quelqu’un l’avait méticuleusement nettoyé à l’eau de Javel. Faisant disparaître définitivement de nombreux indices. Florbela s’étonne aujourd’hui que l’homme ayant fait cela ne soit pas poursuivi. « Il n'y a pas de poursuite car cette personne n'a pas voulu brouiller intentionnellement les pistes. Il n'y a donc pas d'infraction pénale », explique à 20 Minutes Marie-Christine Tarrare, procureure de la République de Dijon.

Pas de pistes solides

Un homme fut mis un temps en examen, en 2007, pour le meurtre de Jonathan. Ce dernier venait régulièrement voir sa compagne qui habitait l’immeuble devant lequel le jeune homme a été retrouvé. Il est accusé d’avoir enjambé le corps de Jonathan la nuit de son agression mais nie tout lien avec le meurtre. Aujourd’hui, il n’est plus poursuivi que pour non-assistance à personne en danger. « Le juge a considéré qu’en l’état actuel, il n’était possible de retenir contre lui que cette qualification-là », explique Me Corinne Herrmann, qui défend la mère de Jonathan Vantillard. Il comparaitra devant le tribunal correctionnel le 12 octobre prochain, fait savoir Marie-Christine Tarrare.

Âgé de 18 ans, Jonathan rêvait de devenir danseur professionnel
Âgé de 18 ans, Jonathan rêvait de devenir danseur professionnel - DR

Les gendarmes de la section de recherche de Dijon suivent toujours quelques pistes, mais aucune ne sort réellement du lot. Le juge d’instruction a d’ailleurs voulu clore l’enquête en 2015. Florbela ne l’a pas entendu de cette oreille. Il y a encore des choses à faires, des analyses à réaliser, des emplois du temps à vérifier, des témoins à écouter. « Grâce aux avancées de la science, il est aujourd’hui possible de résoudre des affaires très anciennes. » Elle a donc lancé une pétition sur internet tandis que ses avocats défendaient le dossier devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon. En janvier dernier, la décision tombe : l’enquête continue, malgré le manque de pistes.

Appel à témoins

Aujourd’hui, elle espère qu’un témoin resté jusqu’ici silencieux se manifestera et permettra de faire avancer l’affaire. C’est la raison pour laquelle elle n’hésite pas à recevoir la presse chez elle. Récemment, elle a participé à une émission de télévision, sur NRJ 12. Elle affirme avoir reçu peu après les confidences de personnes venant de toute la France. Mais elle a l’impression que la justice ne l’écoute pas et rechigne à vérifier les témoignages qu’elle lui transmet. Pourtant, elle l’assure : « Jusqu’à la fin de mes jours, je traquerai ceux qui ont fait ça à mon fils. Ils se trompent s’ils pensent pouvoir vivre cachés, en toute impunité. »