Affaire Société générale: Les comptes bancaires de Jérôme Kerviel ont été saisis par un huissier

EXCLUSIF La Société générale entend ainsi obtenir le versement du million d’euros de dommages et intérêts auquel son ancien trader a été condamné en septembre 2016…

Vincent Vantighem

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Versailles, le 23 septembre 2016. Jérôme Kerviel juste avant la décision de la cour d'appel.
Versailles, le 23 septembre 2016. Jérôme Kerviel juste avant la décision de la cour d'appel. — Martin BUREAU / AFP

« Inconsciemment, je pensais que la Société générale ne le ferait pas… », soupire Jérôme Kerviel. Selon nos informations, les comptes bancaires de l’ancien trader ont été saisis, en janvier, par un huissier afin de permettre à la banque de recouvrer le million d’euros de dommages et intérêts que la cour d’appel de Versailles (Yvelines) lui a accordé, le 23 septembre 2016.

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« J’ai envoyé un mail à mon banquier, le 18 janvier, car je devais effectuer un virement, raconte Jérôme Kerviel. Il m’a alors indiqué que ce n’était pas possible car mes comptes venaient d’être saisis. Ils ont pris entre 3 et 4.000 euros et m’ont laissé l’équivalent d’un RSA (536,78 euros). Cela devient très compliqué de survivre… »

Avec les intérêts, la facture s’est déjà alourdie de 29.000 euros

La Société générale a également fait saisir les fonds que l’éditeur de Jérôme Kerviel devait lui verser en règlement de l’écriture de son livre J’aurais pu passer à côté de ma vie (Presses de la Renaissance, novembre 2016). « Ils veulent juste m’asphyxier jusqu’à la fin de mes jours… », pense-t-il.

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Contactée par 20 Minutes, la banque réfute, de son côté, toute idée de vengeance personnelle à l’encontre de son ancien employé. « La Société générale récupère sa créance comme elle le ferait à l’encontre de tout débiteur », explique-t-elle tout en assurant que « le million d’euros auquel Jérôme Kerviel a été condamné ne représente qu’une partie infime du préjudice [qu’elle a] subi. »

Pendant des années, la banque lui a en effet réclamé 4,9 milliards d’euros. Si la facture est passée, avec la décision de la cour d’appel de Versailles, à un million d’euros, elle reste bien trop salée pour le natif de Pont-l’Abbé (Finistère). D’autant que des intérêts ont commencé à courir, comme le prévoit la loi. Le 18 janvier, il devait ainsi verser 1.029.691,41 euros selon les documents que 20 Minutes a pu consulter. « Finalement, ça ou 4,9 milliards, c’est la même chose. Avant que je rembourse… »

Il a refusé l’idée de lancer une souscription

Enchaînant cafés sur cigarettes, celui qui a fêté ses 40 ans en janvier porte les stigmates d’un combat bien trop long. « Je suis hébergé par un ami depuis octobre. D’autres me dépannent pour que je puisse continuer à manger et à vivre. Mais là, je ne vois pas comment je peux m’en sortir. »

David Koubbi, son avocat, lui a bien soumis l’idée de lancer une souscription publique, notamment auprès de son comité de soutien pour s’acquitter de la dette. « Mais je ne veux pas être en demande. J’ai dit ‘’non’’. »

Tout comme il ne parvient pas à chercher du travail pour l’instant, préférant consacrer ses journées à son combat judiciaire qu’il poursuit dans le cadre d’une procédure en révision. « Cette saisie d’un million d’euros m’empêche de reconstruire une vie normale, justifie-t-il. Cela rend chaque projet personnel ou professionnel toujours plus compliqué. Voire impossible. »