Les locaux de la DGSI à Levallois-Perret.
Les locaux de la DGSI à Levallois-Perret. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

TERRORISME

Services de renseignements: Les espions français sont à l’étroit dans leurs locaux

Thibaut Chevillard

Un rapport parlementaire pointe le manque de place dont disposent les agents des services de renseignement après les derniers recrutements…

Que cela soit dans les locaux de la DGSE, boulevard Mortier à Paris, ou dans ceux de la DGSI à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le problème est le même. Les agents peinent à trouver de la place pour travailler. La raison ? Alors que la menace djihadiste plane toujours au-dessus de la France, les effectifs des services de renseignement ont augmenté de 10,45 % entre 2013 et 2016, signale un  rapport de la délégation parlementaire au renseignement, remis mardi à François Hollande. Mais leurs bureaux n’ont pas été agrandis pour autant. Il faut donc se serrer dans les services pour accueillir les nouveaux arrivants.

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A Levallois-Perret, rue de Villiers, les locaux de DGSI inaugurés il y a dix ans sont désormais un peu exigus. Il faut dire que cette direction du ministère de l’Intérieur, très sollicitée depuis trois ans, a été particulièrement bien dotée en matière de renforts. « Ils sont désormais tellement à l’étroit qu’une partie des effectifs a été déplacée dans d’autres locaux du département », confirme à 20 Minutes Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Ce qui ne facilite pas le travail de ces agents. Il faut aussi sécuriser non pas un mais deux sites, loués par l’Etat. « Cela a un coût », dénonce le syndicaliste.

1.000 agents supplémentaires en 2018 à la DGSI

Les parlementaires dans leur rapport estiment donc nécessaire de « réfléchir à une nouvelle implantation mieux adaptée » pour le siège de la DGSI. De manière générale, ils soulignent que les différents sites de la direction générale de la sécurité intérieure « trouvent leurs limites pour accueillir un millier d’agents supplémentaires à l’horizon 2018 ». « Il faudrait construire un grand bâtiment, regroupant plusieurs services, à l’image du pôle judiciaire de la gendarmerie, à Pontoise », inauguré en mai 2015, explique Jean-Marc Bailleul.

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Même chose boulevard Mortier, dans le XXe arrondissement de Paris. Surnommée la « piscine », en raison de sa proximité avec une piscine municipale, le siège de la DGSE devient avec le temps lui aussi trop petit. Les effectifs de cette discrète direction du ministère de la Défense progressent de manière constante depuis 2008. En 2016, 6.463 agents travaillaient pour elle, soit 148 agents de plus que l’année précédente. « Il est encore possible de trouver de la place. Mais il faudrait envisager fortement de construire un nouveau siège, moderne, où l’on regrouperait une partie des effectifs, à l’instar des Américains ou des Britanniques », confie à 20 Minutes un ancien ponte de la DGSE.

Les espions français occupent la caserne des Tourelles, boulevard Mortier, depuis 1945. 160 millions d’euros avaient déjà été dégagés pour rénover « trois implantations de la DGSE à Paris et en proche banlieue », rappellent les parlementaires. « Certes, avec le temps, les locaux ont été modernisés. Mais ils ne sont plus aujourd’hui adaptés pour accueillir un service de renseignement moderne, à la pointe de la technologie. Ils commencent à être un peu "vieillots" », estime notre source. Mais construire de nouveaux locaux coûterait très cher. La France a-t-elle le moyen de le faire tout en maintenant la performance de ses effectifs ?

20 attentats déjoués en 2016

La lutte contre le terrorisme reste plus que jamais une « priorité essentielle » pour les autorités, comme le soulignent dans leur rapport les huit sénateurs et députés composant la délégation. Les services secrets ont d’ailleurs vu leurs crédits augmenter de 11,3 % depuis trois ans. Le nombre d’agents précis, lui, n’a pas été divulgué. Mais selon certaines estimations, ils seraient aujourd’hui plus de 12.500 hommes et femmes à travailler dans les six services dits du premier cercle dépendant des ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Finances. L’année dernière, ils ont permis de déjouer une vingtaine d’attentats.