Deuil de son animal de compagnie: «Il ne faut pas mentir à son enfant»

ANIMAUX Frantz Cappé, vétérinaire à Paris, publie ce jeudi « Mon chat, mon chien va partir », un livre à destination, notamment, des enfants qui leur donne des pistes pour se remettre de la mort de leurs animaux de compagnie…

Fabrice Pouliquen

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Frantz Cappé, vétérinaire à Paris et auteur de «Mon chat, mon chien va partir»
Frantz Cappé, vétérinaire à Paris et auteur de «Mon chat, mon chien va partir» — F. Pouliquen / 20 Minutes

Comment aider son enfant après la perte de son compagnon ? Si vous vous êtes décidé à adopter un animal de compagnie, c’est une question difficile à éviter. « Les animaux ont une horloge biologique qui tourne beaucoup plus vite que la nôtre, écrit Frantz Cappé dans les premières pages de son livre Mon chat, mon chien va partir qui sort ce jeudi (éditions Albin Michel).

Son livre se veut être un guide pour accompagner son animal en fin de vie et vivre son deuil. Mais aussi donc aider son enfant à se remettre de la perte de son compagnon. C’est sur ce dernier point que 20 Minutes a interrogé Frantz Cappé.

Pourquoi est-il important de ne pas prendre à la légère le deuil de l’animal vécu par l’enfant ?

J’ai souvent entendu des gens raconter qu’enfant, on leur avait expliqué, à la mort de leur animal de compagnie, qu’il était simplement parti. La réponse est trop vague. Il ne faut pas éviter le sujet. Il faut parler au sein de la famille de la mort de son animal de compagnie. Parce que peut-être déjà votre enfant considérait son animal comme son meilleur ami.

Cet animal a peut-être été un soutien émotionnel indéfectible lors d’une période difficile de sa vie, un divorce ou un déménagement par exemple. Mais la perte de son animal de compagnie est aussi bien souvent pour l’enfant sa première expérience de la mort et du deuil. Cette première expérience peut permettre à l’enfant de se construire une base solide pour faire face aux pertes ultérieures de son existence.

Vous conseillez de ne jamais mentir aux enfants ?

Que l’animal soit mort est quelque chose qu’on ne peut absolument pas éviter. Bien sûr, il faut des mots différents en fonction de l’âge de l’enfant. Rentrer dans les détails, expliquer que l’animal a été euthanasié puis a été incinéré n’est pas forcément non plus nécessaire.

Mieux vaut alors le mensonge par omission, les enfants, on peut encore les préserver un petit peu. En revanche, les formules « il est parti », « il est monté au ciel » ou « il s’est endormi pour toujours », que j’entends souvent, ne sont pas les bonnes. Il ne faut pas abuser de ces images car le risque est tout simplement que l’enfant le prenne au pied de la lettre. Qu’il ait peur d’aller dormir si on lui a dit que son chien s’est endormi pour toujours ou qu’il scrute continuellement le ciel si on lui a dit que son animal y était monté.

Vous définissez aussi différentes aptitudes à adopter en fonction de l’âge de votre enfant…

Je définis trois âges en effet dans mon livre : de 1 à 4 ans, de 5 à 9 ans et de 10 à 15 ans. Les différences sont importantes entre ces catégories d’âges. Entre 1 à 4 ans, la mort de l’animal de compagnie va être très irréelle pour l’enfant. Il vous demandera régulièrement où est son animal et il faudra lui réexpliquer patiemment. A partir de 5 ans, c’est typiquement l’âge où il ne faut pas utiliser les formules bateau du type « il est monté au ciel ». A cet âge aussi, l’enfant aura plus tendance à se croire responsable de la mort de son animal, se disant qu’il n’a pas assez pris soin de lui ou qu’il n’a pas été assez gentil et qu’on lui prive de son chien.

L’enfant a alors d’autant plus besoin qu’on lui parle pour lui permettre de mettre des mots sur ses pensées et le ramener à la réalité. Enfin de 10 à 15 ans, les enfants ont généralement commencé à approfondir leur réflexion au sujet dela mort. La perte de son animal nourrit ce questionnement. Mais à cet âge, il ne cherchera pas toujours des réponses auprès de ses parents. A vous alors d’être attentif aux signes qui montreraient que le deuil ne se passe pas bien. Il ne faut pas hésiter à crever l’abcès et montrer que vous aussi, parents, vous l’aimiez beaucoup.

Reprendre un nouvel animal est-elle la solution à tout ?

La même question se pose pour un adulte. Il n’y a pas de règles sur ce point, pas de période au-delà de laquelle on est sûr de pouvoir reprendre un animal de compagnie. Si on reste sur les enfants, je déconseille de reprendre un animal tout de suite. Il y a de fortes probabilités que l’enfant le vive comme une trahison, comme une remise en question des liens qu’il a pu nouer avec son animal tout juste décédé.