Guyane: Sit-in géant prévu à Kourou, après l'appel de Cazeneuve à «refuser la démagogie»

PROTESTATION Une ville symbole de la «fracture guyanaise»...

Manon Aublanc avec AFP

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Une banderole dans la ville de Kourou, près du centre spatial d'où décolle la fusée Ariane, le 3 avril 2017.
Une banderole dans la ville de Kourou, près du centre spatial d'où décolle la fusée Ariane, le 3 avril 2017. — jody amiet / AFP

Un sit-in géant doit se tenir ce mardi après-midi à Kourou, d’où décollent les fusées Ariane, pour affirmer la « détermination » des manifestants guyanais, qui après deux semaines de mouvement social ont peu goûté les propos de Bernard Cazeneuve lorsqu’il a appelé lundi à « refuser la démagogie » en Guyane.

Le rassemblement doit se tenir à Kourou dans cette ville symbole de la « fracture » guyanaise, où l’Etat, via le centre spatial, investit d’importantes sommes pour ce projet industriel, quand très peu d’infrastructures « sont faites en Guyane pour la population », a expliqué Youri Antoinette, un membre du collectif organisateur. Le sit-in vise à « signifier » au Premier ministre que « ce qu’il dit ne correspond pas à la réalité du terrain » et que « nous sommes toujours mobilisés pour obtenir gain de cause », a poursuivi ce porte-parole du collectif à Kourou, interrogé par l’AFP.

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Les engagements seront actés en Conseil des ministres

Lundi, Bernard Cazeneuve a appelé à « poursuivre le dialogue » en Guyane, à l’issue d’une réunion rassemblant une bonne partie du gouvernement sur la situation dans cette collectivité. Mais il a déclaré « refuser la démagogie » de ceux qui, à Paris comme à Cayenne, « réclament des milliards ». « Je ne m’engagerai que sur ce que je sais pouvoir tenir », a expliqué le Premier ministre, avec à ses côtés 12 membres du gouvernement, dont la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, de retour de Guyane. Le Premier ministre s’exprimait au lendemain de l’ultimatum des responsables du mouvement, qui avaient exigé dimanche 2,5 milliards d’euros « tout de suite ». Il a détaillé le plan de plus d’un milliard d’euros proposé par le gouvernement, dont les engagements doivent être « actés » mercredi en Conseil des ministres.

Sur le barrage de Kourou empêchant l’accès au Centre spatial guyanais, où le sit-in est prévu, une grande banderole était brandie lundi soir : « 2 milliards 5 à justifier ? La France exploite toutes nos richesses et ne nous laisse que des miettes ». Vers 22 heures, des dizaines de personnes occupaient encore le barrage, où un concert se tenait.

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« Opération ville morte »

Le collectif « Pou La Gwiyann dékolé » (Pour que la Guyane décolle), qui regroupe l’ensemble des mouvements protestataires, a annoncé dimanche un durcissement de la mobilisation, expliquant rentrer « dans un rapport de force avec l’Etat ». Il a notamment demandé aux magasins de rester fermés lundi dans le cadre d’une « opération ville morte », a expliqué l’une de ses communicantes, mais en laissant la possibilité aux propriétaires de ne pas le faire.

A Cayenne, le mouvement des « 500 frères contre la délinquance » a toutefois ordonné aux magasins de baisser leurs rideaux, des membres du groupe, en pointe dans le mouvement social, circulant pour s’assurer de la bonne exécution de la consigne, a constaté l’AFP.