Grippe aviaire: Abattage et vide sanitaire vont-ils suffire à arrêter l'épizootie?

AGRICULTURE Dimanche, le gouvernement a annoncé un vide sanitaire dans cinq départements pendant six semaines pour lutter contre cette nouvelle forme de grippe aviaire...

Oihana Gabriel
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360.000 canards vont être abattus dans les Landes pour tenter d'éradiquer le virus H5N8 de la grippe aviaire.
360.000 canards vont être abattus dans les Landes pour tenter d'éradiquer le virus H5N8 de la grippe aviaire. — GAIZKA IROZ / AFP

Y aura-t-il du foie gras de canard à noël ? Le Sud-Ouest n’en finit plus de lutter contre l’épizootie de grippe aviaire. Un arrêté paru dimanche au Journal officiel impose le vide sanitaire dans les élevages de palmipèdes de 1.134 communes, du 17 avril au 28 mai, sur cinq départements : Haute-Garonne, Gers, Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées. Ces mesures suffiront-elles à mettre un point final à l’épizootie de grippe aviaire ? C’est ce qu’espèrent les autorités comme les éleveurs de canards.

Que sait-on sur cette forme de grippe aviaire ?

« On a des foyers de ce virus H5N8 partout en Europe », explique Christophe Barrailh, président du Cifog (Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras). On parle de grippe aviaire, mais ce n’est pas le même virus que celui de l’année dernière (H5N1). La souche actuelle est plus virulente sur les palmipèdes. L’année dernière, les canards ne mourraient pas. Mais attention, ce H5N8 n’est pas transmissible à l’homme ! Le risque, c’est que ce virus se propage à tous les élevages français de palmipèdes et de volailles. »

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Comment ce virus s’est-il propagé dans tout le Sud-Ouest ? « Par la faune sauvage et les migrateurs, reprend Christophe Barrailh. Un premier foyer a été découvert dans une exploitation du Tarn début décembre. » Depuis décembre, plus de 4 millions de canards ont été abattus.

En quoi consiste un vide sanitaire ?

« Cela signifie qu’il n’y a plus aucun canard sur un territoire défini pour un temps défini », résume Jean-Pierre Du Broca, représentant palmipède de la FDSEA. Il s’agit d’une mesure d’abattage systématique doublée de précautions d’hygiène : « nettoyage, désinfection et tests avant la remise en place de canards dans des lieux sains ».

L’annonce du gouvernement a été accueillie avec un mélange de colère et de soulagement pour les éleveurs. « L’arrêt de l’activité a duré longtemps, encore plus que l’année dernière, regrette l’éleveur. Personnellement, je n’ai plus aucun canard depuis le 9 janvier… Pour certains, cela représente entre six et neuf mois sans revenu ! Je pense que la date de reprise d’activité aurait pu être avancée de deux mois. Mais le vide sanitaire est obligatoire et normal pour se donner des chances de repartir. » Ce qui n’empêche que le coût de cette crise sanitaire ne cesse d’augmenter : plus de 300 millions d’euros selon ces éleveurs.

Est-ce que ces mesures suffiront pour arrêter la propagation de l’épizootie ?

Les mesures prises, abattages comme vide sanitaire, s’appuient sur les décisions de l’Anses et d’experts vétérinaires. « Aujourd’hui il n’y a plus un canard sur quasiment toute l’Aquitaine », résume Patrick Franken, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne. Mais au-delà, le ministère et les éleveurs sont en train de mettre au point une charte, qui devrait être présentée mi-avril, avec de nouvelles mesures pour éviter une nouvelle épizootie de cette ampleur. « Des virus, il y en aura d’autres, assure Patrick Franken. Il faut qu’on prenne des moyens pour éviter une crise comme on vient de vivre, la deuxième consécutive. Une troisième crise serait fatale à la filière… »

Quels sont les sujets en discussions pour assainir toute la filière ?

D’une part un système plus efficace d’alerte : lorsqu’un vétérinaire détecte un virus dans un élevage, il doit pouvoir prévenir et prendre des mesures rapides. Deuxième volet : nettoyer, désinfecter, contrôler tous les moyens de transports. Troisième mesure : « Imposer un vide entre deux lots de canards », explique Christophe Barrailh.

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Mais Patrick Franken estime qu’une solution « fiable et peu onéreuse serait de recentrer la production sur un périmètre plus restreint, car on pense que le virus actuel s’est propagé par le transport. » Si naissance, gavage, abattage sont faits dans le même département, il y a moins de risque de propagation du virus, plaide ce représentant des petits exploitants.

Il y a déjà eu une épidémie de grippe aviaire l’année dernière. Cela signifie-t-il que les mesures prises l’année dernière n’ont pas suffi ?

« Au contraire ! conteste Christophe Barrailh. Les mesures sanitaires de l’année dernières ont fonctionné : les analyses prouvent qu’il n’y a plus de H5N1 dans nos exploitations. Cette bataille-là a été gagnée, malheureusement on fait face à une nouvelle épizootie meurtrière. »

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

« Je vous rassure : il y aura bien du foie gras à Noël », s’amuse Christophe Barrailh. Maintenant qu’on a une date de reprise d’activité, fin mai donc, le cycle d’élevage dure environ trois mois donc les premiers abattages recommenceront en août environ. » En revanche, l’éleveur assure que la disponibilité et le prix du foie gras risque d’être impacté par cette crise sur deux ans. « D’autant plus que la crise sanitaire est européenne : les éleveurs hongrois, belges, espagnols sont également touchés », ajoute l’éleveur.

« Et les nouvelles normes d’hygiène vont demander aux éleveurs des investissements qui seront forcément répercutés sur le prix. » « Sans une hausse des prix, les investissements supportés par les éleveurs, déjà terriblement touchés par la crise, seront insupportables », renchérit Patrick Franken. Mais attention, tous ces éleveurs rassurent : « L’effet sera modéré sur le prix : quelques centimes ou euros en plus », avance Christophe Barrailh.