Virilité, discriminations… Les masculinistes défendent leurs droits

IDEOLOGIE Attachez vos ceintures, le voyage dans l'idéologie masculiniste, ça décoiffe...

L.Br.

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Eddie Hall, le troisième homme le plus fort de la Terre.
Eddie Hall, le troisième homme le plus fort de la Terre. — Rick Findler/Shuttersto/SIPA

Où est passée la « masculinité » des hommes ? France 2 a assisté à une retraite catholique entre hommes, venus retrouver un peu de virilité dissoute dans leur vie quotidienne. Haka, poussée de voitures et conférence sur les relations homme-femme… Tous les moyens sont bons pour retrouver leur part d'« homme ». Des idées qui rejoignent l’idéologie masculiniste, peu connue en France.

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Qui sont les masculinistes en France ?

Là, il y a débat. Masculiniste ou hoministe ? Les hommes adeptes de la théorie réfutent cette appellation, « néologisme créé à des fins de diabolisation » par leurs adversaires. Entre eux, ils préfèrent s’appeler hoministes ou menninistes. En France, les mouvements de défense des droits des hommes restent marginaux : à part quelques associations comme Sos Papa ou des groupes Facebook comme Men going their own way, qui sont quelquefois évoqués dans les médias, leurs idées ont peu de résonance.

Quelles sont les idées prônées par les masculinistes ?

Il y a plusieurs manières d’être masculiniste. Faisons un point sur ce qu’ils rejettent : le féminisme, tout simplement. Pour eux, la notion de patriarcat n’existe pas. Non, les femmes ne sont pas en difficulté pour trouver du travail, lutter contre le harcèlement… Au contraire ! « Ils assurent que ce siècle est éminemment féminin, que les femmes sont partout, et qu’elles ont gagné », explique le docteur Virginie Martin, professeure à l’école Kedge Business School.

Dans les années 80, en Europe, des groupes de défense des droits des hommes s’agrègent autour des questions du divorce et de la garde des enfants car ce sont les femmes qui obtiennent presque toujours les droits de garde. D’autres vont même plus loin et trouvent une explication au terrorisme islamique. « Ce sont des hommes qui veulent prouver qu’ils sont virils, des hommes des vrais », souligne Virginie Martin. Le terrorisme islamique serait aussi la faute des femmes ?

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Pourquoi ce mouvement a émergé au Canada ?

Le Canada est l’origine de plusieurs penseurs masculinistes. Pourquoi ? « Ma théorie, c’est que dans les pays anglo-saxons, le féminisme et les études de genre sont très forts », explique le docteur Virginie Martin. L’idéologie masculiniste est toutefois diffusée par des leaders d’opinion en France, comme Eric Zemmour. Le manifeste des masculinistes a d’ailleurs été écrit en 2006 par un Canadien, Yvon Dallaire, un psychologue québécois.

Le masculinisme, un féminisme pour hommes ?

Pourquoi pas, après tout ? S’il y a un féminisme, il pourrait y avoir un masculinisme. Ces hommes se plaignent de subir eux aussi des discriminations, et de souffrir de certaines violences. Mais si les discriminations faites aux femmes sont chiffrées, quantifiées, prouvées par des études, féministes ou non, celles des hommes restent encore à prouver. Comme le dit Jean-Claude St-Amant, chercheur à l’université de Laval : « Oui, il y a des discriminations sur la base de la classe sociale où des hommes sont aussi victimes, mais ils ne le sont pas en tant qu’hommes. »

Pour Virginie Martin, le problème est aussi dans l’époque : « Ils font un amalgame dangereux en confondant le fait que les mœurs actuelles soient moins guerrières, plus démocratiques, avec une féminisation de la société. Ils caricaturent le féminin et le masculin, en abusant de stéréotypes. On n’est plus à cette époque-là ». Un besoin de choc et d’affrontement qui n’ont plus lieu d’être dans nos sociétés de conciliation.