Sécurité des lycées: «Le risque majeur que nous courons se situe devant les établissements»

TEMOIGNAGE Pascal Bolloré, proviseur du lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) et secrétaire général du SNPDEN, explique à « 20 Minutes » les mesures qu’il a prises dans ce domaine…

Delphine Bancaud

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Les abords d'un lycée français en 2016.
Les abords d'un lycée français en 2016. — FRANK PERRY / AFP

« La sécurité, c’est une préoccupation permanente pour mes collègues, comme pour moi-même », confie Pascal Bolloré, proviseur du lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) et secrétaire général adjoint du SNPDEN (syndicat national des personnels de direction). Même s’il estime que les établissements sont plus exposés au risque d’incendie que d’attentat, il n’élude pas la question pour autant.

Pour assurer un contrôle efficace de l’accès au lycée, le proviseur n’a pas lésiné sur les moyens. « On dispose d’un portillon ouvrable avec un badge pour les enseignants. Et les élèves doivent présenter une carte pour accéder au lycée. Pour tout personne venant de l’extérieur, nous disposons aussi d’un système de visiophone. Une caméra filme aussi le parvis de l’établissement », décrit-il. Mais pas question pour lui de mettre en place un portique de sécurité. « C’est impossible de faire passer 2.300 élèves le matin très rapidement avec ce système », explique-t-il.

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Les délégués de classe formés aux premiers secours

Quant aux alarmes, le lycée en possède de différentes sortes. « Outre l’alarme incendie, nous disposons d’une alerte confinement qui est accompagnée d’un message "Attention, mesure de confinement". Nous avons aussi une alerte intrusion-attentat avec un message adapté », indique-t-il. Et dans toutes les salles du lycée, des affiches rappellent les consignes à respecter en cas de danger.

Le lycée s’est aussi prêté aux exercices attentat-intrusion et a réalisé un exercice de confinement. « C’est toujours utile. Car cela permet d’acquérir des réflexes », précise le proviseur. « Beaucoup de délégués de classes ont également été formés aux gestes de premiers secours, ainsi que les personnels volontaires du lycée », poursuit-il.

Des consignes pour éviter les attroupements

Mais malgré toutes ces précautions, Pascal Bolloré reste inquiet. « Le risque majeur que nous courons se situe devant les établissements », indique-t-il. Car même si les lycées comme le sien, sont protégés par de hautes grilles et les trottoirs devant les établissements par des barrières métalliques, le proviseur sait que cela pourrait ne pas suffire en cas d’attaque à la voiture bélier. Or, plusieurs centaines sortent du lycée lors des récréations du matin et de l’après-midi, pour fumer leur cigarette ou pour accompagner des camarades qui le font.

Pascal Bolloré, comme d’autres proviseurs, avait décidé de les protéger de tout risque après les attentats du 13 novembre, en les autorisant à fumer dans un coin de la cour. Même si pour cela, il contournait la loi Evin. « Mais avec les menaces de poursuites judiciaires planant sur les proviseurs qui ont agi de la sorte et en l’absence d’une autorisation officielle de dérogation de la loi Evin, j’ai décidé de faire machine arrière au bout de six mois », explique-t-il. Pour réveiller les consciences, Pascal Bolloré multiplie les piqûres de rappel. « En début d’année, j’ai écrit un courrier à tous les élèves et à leurs parents pour insister sur le fait qu’il fallait impérativement éviter les attroupements. Et je sors régulièrement du lycée pour rappeler les élèves à l’ordre. » Mais s’ils s’exécutent poliment, « ils se regroupent plus loin », observe-t-il avec lucidité.