Sécurité des établissements: Quels sont les talons d’Achille des collèges et des lycées?

EDUCATION Une étude du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d’établissements, souligne les failles de sécurité des collèges et lycées…

Delphine Bancaud

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Un attroupement devant un lycée parisien.
Un attroupement devant un lycée parisien. — A. GELEBART / 20 MINUTES

La fusillade de Grasse, les violents incidents dans des établissements de Saint-Denis, les agressions récentes de plusieurs proviseurs, ont remis en lumière la question de la sécurité des collèges et lycées français. D’où la volonté du syndicat des chefs d’établissements (SNPDEN) de faire un état des lieux dans ce domaine, via une enquête*, rendue publique ce jeudi. Celle-ci souligne les talons d’Achille des établissements en matière de sécurité. 20 Minutes a passé au crible ces carences.

L’architecture des bâtiments rend certains établissements vulnérables

Selon 64 % des chefs d’établissement, la configuration des lieux ne favorise pas les mesures de sécurité. C’est encore plus vrai dans les lycées, ce qu'affirment 76 % des proviseurs. « Car beaucoup de lycées construits entre la fin des années 50 et le début des années 90, ont été bâtis comme des campus américains, avec des kilomètres d’enceintes », explique Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN. Or, plus un établissement est « compact », plus il est facile à sécuriser.

Le contrôle des accès encore inexistants dans certains établissements

Selon les trois quarts des chefs d’établissement, un contrôle des accès au collège ou au lycée est effectué via la loge du gardien. Les élèves doivent montrer leur carte d’inscription ou leur carnet de correspondance. Et les visiteurs, leur pièce d’identité. Mais 16 % des établissements ne disposent d’aucun système de contrôle. « C’est surtout le cas des établissements ruraux où l’agent d’accueil ou un assistant d’éducation fait un simple contrôle visuel des élèves », indique Philippe Tournier. Les systèmes plus modernes des accès (par interphone, visiophone ou badge) sont encore peu répandus.

Les attroupements devant les collèges et lycées sont problématiques

« Le principal danger, c’est de laisser les élèves sur la voie publique. Or, la question des attroupements devant les établissements n’est absolument pas réglée », s’insurge Philippe Tournier. Car outre leurs discussions après les cours devant l'établissement, beaucoup d’élèves sortent fumer leur cigarette lors des récréations du matin et de l’après-midi. Conscients du risque terroriste, certains chefs d’établissements ont autorisé leurs élèves à fumer à l’intérieur de l’établissement dans un espace spécifique, même si pour cela, ils ont contrevenu la loi contre le tabac. Selon l’étude, la moitié des établissements ont ainsi créé une zone fumeurs  aux lendemains des attentats du 13 novembre 2015 (les 2/3 étant en zone urbaine).

Mais désormais, seul 15 % dispose d’une telle zone dans la cour, car les chefs d’établissements s’inquiétaient des poursuites judiciaires auxquels ils s’exposaient. Le lycée Voltaire, situé près du Bataclan à Paris, a fait partie de ceux qui ont fait machine arrière : « J’ai supprimé la zone fumeurs, car on n’a pas réussi à la faire respecter dans un coin de la cour par les élèves. Du coup, j’ai pris la décision de protéger les non-fumeurs, mais cela a renvoyé environ 600 élèves dans la rue pendant les récréations », déplore Christel Boury, la proviseur.

Par ailleurs, certains chefs d’établissement déplorent les rondes insuffisantes de la police autour des collèges et lycées. Ainsi, 33 % des principaux et proviseurs interrogés expliquent que la police n’est jamais présente devant les établissements. Et c’est même le cas dans un établissement situé en zone sensible sur deux. « Il est étrange que les établissements les plus exposés soient ceux qui disent voir le moins souvent la police et soient les plus abandonnés à eux-mêmes », commente Philippe Tournier.*

Un système d’alerte en cas de danger qui n’est pas optimal

Alerte incendie, sonnerie de fin de classe, alerte en cas d’intrusion-attentat, alerte confinement… Il y a de quoi perdre le Nord. D’ailleurs, 55 % des chefs d’établissements déclarent ne pas avoir d’alerte confinement et 40 % ne pas disposer d’une alerte intrusion. Et les autres utilisent tout un tas de solutions différentes : cornes de Brume, alerte musicale, hauts parleurs, alertes sms, alertes lumineuses... « C’est le bricolage et la majorité des principaux de collèges et des proviseurs de lycées ne sont pas favorables à la multiplication des sonneries.

Car si les élèves ont peu entendu certaines d’entre elles, ils risquent de réagir différemment en cas de déclenchement. Or la rapidité de réaction après le signal est essentielle en cas de danger », explique Philippe Tournier. Sur ce point le SNPDEN recommande l’utilisation de haut-parleurs avec un message clair du type « Bâtiment B, enfuyez-vous ».

Des personnels toujours pas formés à la sécurité

Selon l’étude du SNPDEN, dans les trois quarts des établissements, aucun personnel n’a été formé aux questions de sécurité. « Or, la sécurité c’est un métier. On ne peut pas bricoler », s’insurge Philippe Tournier. « Nous réclamons à minima qu’un membre du personnel soit formé à la sécurité ou mieux que les établissements soient dotés d’un agent de sécurité », poursuit-il. Une demande qu’il avait déjà formulée dans une interview à 20 Minutes : « Trouvez-vous normal que la moindre boutique de vêtements soit dotée d’un agent de sécurité, mais qu’un lycée accueillant parfois des milliers d’élèves ne le soit pas ? », avait-il alors indiqué.

*Enquête à laquelle ont répondu 2.130 établissements entre le 6 et le 9 mars, soit un tiers des établissements interrogés.