Allocation chômage, sécurité sociale... L'obsession de l'assistanat en France est-elle fondée?

AIDES SOCIALES Les prestations sociales sont au cœur des préoccupations des Français…

Lucie Bras

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Salon pour l'emploi à Nîmes en 2016.
Salon pour l'emploi à Nîmes en 2016. — LODI FRANCK/SIPA

La question des « assistés » s’invite dans l’actualité en pleine campagne présidentielle : 71 % des Français estiment que la lutte contre l’assistanat doit être une priorité, d’après un sondage Ipsos-Sopra Steria pour Radio France et France Télévisions. Souvent rebattue, la question nous concerne tous. Et pour cause, la France bénéficie d’un système social particulièrement généreux, qui incite à tous les raccourcis.

« On est tous des assistés et c’est tant mieux », plaisante Nina Schmidt, chef de projet à l’Observatoire des inégalités. Derrière ce terme, il y a une réalité, celle de la protection sociale française : la gratuité de l’hôpital, le remboursement des médicaments, les retraites, l’aide au logement… Le rejet de l’assistanat vient en partie de ce système prodigue. « Notre modèle social est très fort. Dans une société où l’égalité est une valeur si importante, les inégalités sont au cœur du débat », estime-t-elle.

Des aides aux plus pauvres

Autre coupable : la crise financière traversée par la France depuis 2008. A l’heure où même les ministères doivent faire de grosses économies, les Français comprennent moins bien la générosité de l’Etat et les abus qui peuvent en découler. « On observe que l’allocation-chômage perd en légitimé, alors qu’elle permet d’atténuer les conséquences de la crise », explique Guillaume Allègre, économiste.

Dans le viseur des critiques, deux prestations sociales se hissent sur le podium de l’assistanat : l’allocation d'assurance chômage (pudiquement renommée Allocation de retour à l’emploi) et le Revenu de solidarité active (RSA). La raison est simple, explique Nina Schmidt. « Ce sont les plus pauvres qui touchent ces prestations-là. Ils ont peu la parole dans le débat public, dans les médias et via le discours politique. » Aujourd’hui en France, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 1.000 euros par mois (Insee). Pourtant en France, 10 milliards d’euros de prestations sociales restent non réclamés.

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Mais que l’on se rassure, la critique de l’assistanat n’est pas devenue une spécialité française. « Il n’y a pas de problème spécifique à la France », nuance Guillaume Allègre. « Dans les enquêtes d’opinion sur l’importance de la solidarité ou la protection sociale, la France ne se dégage pas vers un extrême anti-assistanat. »

Malgré tout, la fraude aux prestations sociales existe : elle coûte même chaque année 350,5 millions d’euros. C’est beaucoup moins que la fraude aux cotisations sociales, qui s’élève à 25 milliards d’euros. Autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat.