Natalité: Pourquoi de moins en moins de bébés naissent en France?

FAMILLE Une étude de l’Ined parue ce mercredi montre que la fécondité a baissé en France pour la deuxième année consécutive…

Delphine Bancaud

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Illustration de bébé.
Illustration de bébé. — D.Bancaud/20minutes

Moins de premiers cris dans les maternités. D’après un bulletin de l’Institut national d’études démographiques (Ined) qui paraît ce mercredi, la natalité est en baisse en France depuis deux ans. Le nombre de naissances a en effet, diminué de 4,5 % dans l’Hexagone entre 2014 et 2016. 20 Minutes vous en donne les raisons.

Est-ce une tendance ou juste une simple fluctuation ?

« En France métropolitaine, le nombre de naissance s’établissait à 747.000 en 2016 alors qu’il était de 781.000 en 2014 et même à 802.000 en 2010 (le point haut) », indique à 20 Minutes Gilles Pison, professeur au Muséum d’histoire naturelle et chercheur associé à l’Ined. En janvier dernier l’Insee soulignait aussi une diminution des naissances, en insistant sur le fait que le nombre de bébés nés dans l’Hexagone était retombé au niveau de 1999, sans pour autant attendre le point bas de 1994.

Même s’ils ne veulent pas encore affirmer qu’il s’agit d’une tendance durable, les démographes soulignent quand même que l’on est désormais passé en dessous du seuil symbolique des deux enfants par femme : selon l’Ined,le taux de fécondité serait ainsi passé de 1,97 enfant par femme en 2014 à 1,89 en 2016 en France métropolitaine. « Deux ans de baisse, cela ne constitue pas une tendance, mais un phénomène notable. D’autant que l’on a l’impression que cette chute de la natalité n’est pas terminée », souligne auprès de 20 Minutes, Marie Reynaud, chef d’unité des études démographiques et sociales à l’Insee. Mais pour Marie-Andrée Blanc, Présidente de l’Unaf (Union nationale des associations familiales) « cette baisse est une alerte. Elle a des conséquences sur la consommation et le système de retraites par répartition ».

Certaines catégories de femmes mettent-elles moins de bébés au monde ?

Fait marquant : la baisse de la fécondité est plus marquée chez les femmes de moins de 30 ans, selon l’Ined et l’Insee. « Cela s’explique par le fait qu’en période de crise économique, les couples ont tendance à reporter leur projet de premier enfant en raison des incertitudes liées à l’emploi », souligne Gilles Pison. L’enquête emploi de l’Insee montre d’ailleurs que la situation professionnelle des jeunes a tendance à se stabiliser avec l’âge. Ainsi, en 2014, 65 % des salariés de moins de 30 ans étaient en CDI, alors que 91 % des 30-49 ans l’étaient. « Or, beaucoup de couples attendent d’être stabilisés professionnellement pour devenir parents », souligne Gilles Pison.

En revanche, la baisse de la fécondité n’est a priori pas plus marquée dans une région de France qu’une autre. « La fécondité est assez homogène sur tout le territoire. Difficile aussi pour l’heure de déterminer si cette baisse des naissances est plus ou moins marquée dans une catégorie sociale de la population », indique Gilles Pison.

Les Français veulent-ils moins devenir parents qu’avant ?

« Impossible de le dire pour l’instant, tout comme d’en conclure qu’ils voudraient moins d’enfants qu’avant », indique Marie Reynaud. De son côté, Marie-Andrée Blanc, en est sûre : les ménages français ne veulent pas moins d’enfants, bien au contraire. « Selon l’Eurobaromètre spécial 2011, les familles souhaitent 2,39 enfants. Et on en est encore loin. Cela prouve qu’ils en auraient davantage s’ils estimaient en avoir les moyens et la stabilité », assure-t-elle.

Le fait que les femmes essayent de procréer de plus en plus tard est-il en cause ?

Auparavant, la baisse de fécondité chez les femmes de moins de 30 ans était compensée par la hausse chez les femmes plus âgées. Or, depuis 2014, on observe une stabilité de la fécondité chez les femmes de plus de 35 ans. Est-ce dû au fait que ces dernières rencontrent des difficultés à tomber enceinte ? « Non, car seulement 2 % des naissances en France ont fait l’objet d’une aide médicale à la procréation. Et l’on estime que le risque pour une femme de 35 ans de ne pas avoir d’enfant est de 14 % et cette probabilité monte à 35 % pour une femme de 40 ans », souligne Gilles Pison.

La réforme des politiques familiales pendant le quinquennat a-t-elle joué ?

Lors de ce quinquennat, la politique familiale a été remodelée. Les familles aisées ont vu donc à deux reprises le quotient familial raboté et leurs allocations familiales modulées en fonction de leurs revenus. La réforme de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) et du congé parental ont aussi eu lieu. « Les familles ont eu le sentiment que la politique familiale ne jouait plus son rôle de bouclier face à la crise et cela a joué dans la décision d’avoir un deuxième ou troisième enfant », affirme à 20 Minutes, Marie-Andrée Blanc. « D’ailleurs, selon les chiffres de l’Insee de 2014, l’écart de niveau de vie médian se creuse entre les familles sans ou avec enfant. Il est désormais de 4.270 euros par an », renchérit-elle.

Mais Gilles Pison n’est pas sur la même ligne : « pour les CSP +, les allocations familiales représentent une part très minime des revenus. Leur diminution ne peut donc pas influer sur la décision d’un couple d’avoir un enfant ou pas », assure-t-il. Tout en reconnaissant néanmoins « que l’idée même que les aides financières aux familles diminuent ajoute au climat d’incertitude économique des Français ». Un avis partagé par Marie Reynaud : « d’autant que les créations de places en crèche pendant le quinquennat sont un facteur qui peut peser davantage dans la décision d’avoir un enfant qu’une diminution des allocations familiales », soutient-elle.

Peut-on savoir si la natalité va remonter ou pas ?

« La crise ayant démarré en 2008 et n’étant pas finie, il est difficile de savoir si une fois celle-ci passée, il y aura un phénomène de rattrapage et que les couples ayant reporté leur projet d’enfant, le concrétiseront », indique Marie Reynaud. Par ailleurs, selon les projections de l’Insee, l’indicateur de fécondité serait toujours de 1,95 enfant par femme en 2070.

Pour Marie-Andrée Blanc, la politique familiale que mènera le futur gouvernement aura forcément un impact sur les chiffres. Et l’enjeu est essentiel à plus d’un titre, selon elle : « Le Cor (Conseil d’orientation des retraites), a même estimé qu’avec un indice de fécondité de 2,1 enfants par femme, on pouvait réduire le déficit des retraites à zéro », souligne-t-elle.