Affaire Théo: Un policier d’Aulnay-sous-Bois dénonce le comportement de ses collègues, des policiers qui «aiment casser des gens»

TEMOIGNAGE Dans un long témoignage sur Médiapart, samedi, ce policier explique que certains de ses collègues «s'imaginaient être les maîtres dans la rue»…

Fabrice Pouliquen
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A Aulnay-sous-Bois, le 7 février 2017. AP Photo/Alex Turnbull
A Aulnay-sous-Bois, le 7 février 2017. AP Photo/Alex Turnbull — Alex Turnball/AP/SIPA

« Si le viol est avéré, il faut qu’ils prennent 20 ans ferme. » La citation est de Serge*, policier au commissariat d’Aulnay-sous-Bois. Samedi, dans un long témoignage anonyme au média en ligne Médiapart, il exprime sa rancœur vis-à-vis des quatre policiers mis en examen dans l’ affaire Théo Luhaka, ce jeune Aulnaysien victime d’un viol présumé lors d’une interpellation musclée le 2 février dernier, à proximité d’un point de vente de stupéfiants dans la « cité des 3.000 ».

« J’ai honte de travailler à Aulnay »

Par des connaissances communes, Serge a fait savoir à un journaliste de Médiapart qu’il avait envie de parler et ne va pas par quatre chemins : « J’ai honte de travailler à Aulnay », attaque-t-il d’emblée. Il affirme que « (ses) collègues avaient le droit d’interpeller Théo, ils avaient un motif légitime. Mais pas le reste… », précise-t-il.

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Selon Serge, certains de ses collègues sont des habitués des faits qui ont conduit à « l’affaire Théo ». A commencer par les quatre agents mis en examen pour les violences et le viol subis par le jeune homme. « L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça, assure-t-il. J’ai vu et entendu des officiers de police judiciaire passer leur temps à leur dire d’y aller moins fort. C’était vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! »

« Ils aiment se battre, casser des gens »

Serge poursuit en décrivant le profil des quatre policiers mis en cause : « Ils aiment se battre, casser des gens. (…) L’un d‘eux, un brigadier, était particulièrement violent. Je l’ai vu avoir des gestes déplacées au poste, menacer des hommes menottés au banc : « Toi, on va t’éclater ! »

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Ce témoignage s’inscrit en faux contre la description que faisait, sur France Info, Me Frédéric Gabet, l’avocat du policier de 27 ans auteur du coup de matraque. L’avocat parlait de lui comme « un garçon paisible, calme, qui n’a jamais eu affaire à la justice », « totalement dépassé par ce qui lui arrive ».