Polémiques sur les tweets de personnalités: Peut-on guérir du racisme?

PREJUGES Olivier Sauton, Mehdi Meklat et Oulaya Amamra ont fait leur mea culpa à propos de leurs tweets nauséabonds…

Delphine Bancaud

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La page d'accueil du réseau social Twitter.
La page d'accueil du réseau social Twitter. — LOIC VENANCE / AFP

Quand un passé honteux refait surface. Ces dernières semaines, plusieurs personnalités ont été au cœur de polémiques, certains de leurs tweets antisémites, racistes ou homophobes ayant été exhumés. C’est le cas de Mehdi Meklat (auteur de deux romans aux éditions du Seuil et chroniqueur pour le Bondy Blog ou encore Arte), de l’actrice tout juste césarisée meilleur espoir féminin  Oulaya Amamra ou du comédien Olivier Sauton.

Pris à partie par les médias, ils ont dû rendre des comptes et chacun d’eux a exprimé ses regrets, tout en assurant qu’il avait changé. « A l’époque ce qui me plaisait bêtement, c’était d’enfreindre l’interdit et jouer avec des sujets sensibles », s’est par exemple justifié Olivier Sauton, « je suis anéanti, j’ai honte. Je n’ai jamais eu une pensée antisémite », a-t-il indiqué. Même mea culpa pour Oulaya Amamra : « On dit un peu tous des bêtises à 14 ans (…) Mon regard a changé depuis que j’ai 14 ans, j’ai évolué, j’ai grandi », a assuré l’actrice, âgée aujourd’hui de 20 ans. Quant à Mehdi Meklat qui publiait des tweets antisémites sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, il explique sur Facebook qu’il s’agissait d’un personnage de fiction qui « se permettait tous les excès, les insultes les plus sauvages ». « Pourtant, ces outrances n’ont rien à voir avec moi », assure-t-il.

Une prise de conscience de l’impact de leurs propos

Alors ces regrets sont-ils sincères ? Peut-on réellement changer et ne plus être antisémite, homophobe ou raciste avec le temps ? « Oui, bien sûr. Les gens peuvent évoluer. Des peuples aussi d’ailleurs. Il n’y a qu’à se référer à ce qu'était l’antisémitisme avant la Seconde Guerre mondiale et ce qu’il est devenu après », souligne le sociologue Michel Wieviorka.

Un cheminement qui peut d’abord être déclenché par une prise de conscience de l’impact des propos racistes, homophobes ou antisémites. « Sur Twitter, certains internautes n’ont pas conscience d’être dans l’espace public, notamment, parce qu’il est facile de prendre un pseudo. Ils ne se sentent pas comptables de leurs expressions et se défoulent », constate Eric Fassin, sociologue spécialiste des questions raciales. « Le fait de rédiger en 140 signes maximum pousse certains à exprimer des pulsions archaïques », renchérit aussi Dominique Sopo, de SOS racisme.

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Quand l’actualité aide à changer

Mais leurs propos hargneux finissent par leur revenir en boomerang et certains en mesurent alors la portée. « Ils comprennent que l’espace public pose des normes, que leurs propos ont pu blesser d’autres personnes. Et ils décident de prendre des distances avec ce personnage sulfureux qu’ils étaient devenus », indique Eric Fassin. « Ils comprennent aussi qu’ils peuvent être poursuivis en justice car la société n’accepte pas que l’on puisse mettre en péril la dignité d’autrui en véhiculant de tels propos », indique Dominique Sopo. En 2010, le groupe de rap Sexion d’Assaut défrayait ainsi la chronique en raison de textes homophobes dans ses chansons. Mais les membres du groupe s’étaient finalement excusés et avaient pris des engagements auprès d’associations LGBT.

« Le déclic peut être aussi favorisé par des événements historiques ou d’actualité », souligne Michel Wieviorka. « Le Concile Vatican II a par exemple récusé toute responsabilité du peuple juif dans la mort du Christ et a condamné les persécutions antisémites. Cela a évidemment eu une incidence sur l’antisémitisme en France », note le sociologue. Un fait divers raciste peut aussi marquer les esprits et inciter certaines personnes à voir ceux qu’ils rejetaient à travers un nouveau prisme.

Des rencontres qui font avancer

Mais c’est surtout les rencontres qui permettent aux individus de sortir de leurs a priori : « Tomber amoureux d’une personne juive peut par exemple amener quelqu’un à déconstruire totalement ses croyances antisémites », indique Michel Wieviorka. « Personne n’est monolithique et certaines rencontres peuvent amener à interroger ses préjugés à comprendre qu’ils sont sans objet », renchérit Dominique Sopo. Une remise en question qui est d’autant plus facile lorsque l’on évolue dans un milieu ouvert, où l’on est susceptible d’être confronté à l’altérité. Et lorsque l’on est jeune.

L’école a d’ailleurs un rôle important pour déconstruire les représentations racistes, antisémites ou homophobes des adolescents : « On peut le mesurer dans les classes qui visitent Auschwitz. Car être confronté physiquement à ce qu’a pu être la barbarie vaut tous les discours du monde », estime Michel Wieviorka. Reste que tous les préjugés ne s’envolent pas en un claquement de doigts. « C’est un cheminement long. Les twittos repentis devraient d’ailleurs faire œuvre utile en expliquant quel a été leur parcours pour sortir de l’ornière », souligne Dominique Sopo.

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