Illustration cour d'assises, palais de justice de Paris.
Illustration cour d'assises, palais de justice de Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

JUSTICE

Qui est Serge Tournaire, le juge d'instruction en charge de l'affaire Fillon?

Trois magistrats du pôle financier ont été désignés pour mener les investigations dans l’affaire Fillon…

Trois juges ont été « désignés de façon collégiale vendredi soir » pour mener l’instruction visant François et Pénélope Fillon, a confirmé le TGI de Paris à 20 Minutes. Dont Serge Tournaire assurent Libération et  Mediapart. « Pilier » du pôle financier parisien, l’homme originaire de Marseille s’est illustré dans de nombreux dossiers politico-judiciaires explosifs : les soupçons de financements libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy, l’arbitrage Tapie-Adidas ou l’affaire des achats de voix par Serge Dassault à Corbeil-Essonnes.

« Omniprésent et invisible », un juge « qui fuit la lumière »… Depuis son arrivée en 2009 au prestigieux pôle financier du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, le juge d’instruction Serge Tournaire n’a accordé aucune entrevue, aucune interview, pas une déclaration. Pas un mot donc, et pas une image. Outre un cliché publié dans le magazine Valeurs Actuelles en mars 2014, l’homme est resté insaisissable en vingt-quatre ans de carrière.

Criminalité organisée et délinquance financière

Un premier portrait publié en octobre 2015 par l’hebdomadaire L’Express, fait état des premières années de ce fils de fonctionnaires, diplômé de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM Bordeaux) au début des années 1990 : Juge d’instruction à Ajaccio puis Nice et Marseille, Tournaire est rapidement confronté au grand banditisme.

>> A lire aussi : Le parquet national financier ouvre une information judiciaire contre François Fillon

Joint par 20 Minutes, Eric de Montgolfier, ancien procureur de la République de Nice, loue les qualités de ce magistrat « remarquable » : « C’est un excellent juge, très humain et modeste qui faisait preuve d’une sensibilité et d’un très grand respect. Nous n’étions pas toujours d’accord, mais je ne l’ai jamais vu asséner ses opinions de manière brutale. » En 2004, Tournaire rejoint la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) chargée de la criminalité organisée et de la délinquance financière. Un de ses anciens collègues vante une « réputation à la hauteur de sa carrière » et une « rigueur exceptionnelle » quand les avocats de la défense déplorent la « méfiance » du magistrat à leur encontre.

>> A lire aussi : Et si l'élection présidentielle était reportée?

L’affaire Bygmalion

Nommé au pôle financier du TGI de Paris en 2009, le juge use de méthodes héritées de ses années marseillaises. Aux côtés de son collègue René Grouman, c’est lui qui décide de placer sur écoute l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog dans le cadre de l’affaire de financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007. C’est lui qui ordonne également la perquisition retentissante du cabinet de l’avocat de l’ex-Président. Enfin c’est lui, et lui seul, qui a décidé de renvoyer Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel pour ses dépenses de campagne de 2012.

>> A lire aussi : Nicolas Sarkozy renvoyé en procès pour ses dépenses de campagne 2012

« Très technique », Eric de Montgolfier le reconnaît, le magistrat n’est pas « chaleureux » : « Mais ce n’est pas ce qu’on demande à un juge », ajoute-t-il. Non syndiqué, l’homme n’en est pas moins engagé. En juin 2012, il cosigne aux côtés de quatre-vingt-un magistrats une tribune publiée dans le journal Le Monde, en faveur de la lutte contre la corruption financière.

Le texte, paraphé par Tournaire, mettait en garde le gouvernement de François Hollande : « La décennie qui s’achève a vu se déliter les dispositifs de prévention, de détection, d’alerte et de répression de la corruption mis en place dans la période précédente, comme si les exigences de probité et d’égalité de tous devant la loi s’étaient dissoutes dans la crise, comme si le pacte républicain ne passait pas d’abord par la confiance des citoyens dans leurs représentants et les agents publics. » Cinq ans plus tard, l’appel est toujours d’actualité.