Affaire Théo: Les violences policières à caractère sexuel, une exception française?

POLICE Les récentes affaires trahissent la nécessité de repenser le modèle de la police en France…

Lucie Bras

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Des policiers lors d'une manifestation contre les violences policières, le 16 février 2017.
Des policiers lors d'une manifestation contre les violences policières, le 16 février 2017. — Francois Mori/AP/SIPA

Théo, Alexandre ou Mohamed… Ces prénoms ont tous un lien avec une affaire de violences à caractère sexuel présumées lors de contrôles policiers dans des quartiers sensibles. Le 2 février, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Théo, 22 ans, est soumis à un contrôle d’identité qui dégénère.

Alors que l’un des quatre policiers essayait de le maîtriser en le frappant sur les cuisses avec une matraque télescopique, le jeune homme ressent une violente douleur au niveau de l’anus. A l'hôpital, les médecins constatent une plaie de 10 cm du canal anal, et lui prescrivent une incapacité totale de travail (ITT) de 60 jours.

Enlever à l’autre sa virilité

L'histoire de Théo rappelle celle d’Alexandre, 27 ans au moment des faits. Le jeune homme accuse un policier municipal de l’avoir violé avec une matraque pour le contraindre à monter dans un véhicule lors d’une interpellation. 

« La première chose qu’on peut entendre lors de ces contrôles violents, ce sont des insultes comme "petite tafiole", affirme Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS. C’est une manière d’humilier sur le terrain de la virilité. Le but, c’est d’enlever à l’autre cette virilité. On est encore à un niveau moyenâgeux de l’autorité policière où l'on croit que l'autorité découle de la menace de violence que l'on exerce. On confond respect de l'autorité et soumission à la force. Tant qu’on sera encore sur ce système, les bavures continueront. »

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Ces différentes affaires, si elles étaient avérées, ne remettent pourtant pas en cause l’ensemble de la profession. « Ces cas très violents existent, mais ils sont les formes externes d’une réalité plus banale », temporise Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS à Sciences Po Grenoble, auteur du livre De la police en démocratie.

Des cow-boys inexpérimentés

Cette réalité plus banale, c’est la méfiance entre les policiers de « banlieues » et les habitants de ces quartiers. Une situation qui s’explique en partie par les comportements des forces de l’ordre. « Le policier français se perçoit comme une force, pas comme quelqu’un qui vient assister », explique Sébastian Roché. « Les policiers sont dans une attitude où ils vont vouloir s’imposer par la contrainte. L’individu contrôlé doit obéir, vous l’obligez à subir une palpation. Vous montrez que vous contrôlez la situation. »

Ce état de fait est considéré par les chercheurs comme une exception française. Parmi les adolescents français, 10 % jugent avoir subi un contrôle violent et 33,6 % s’ils sont d’origine nord-africaine, d’après une enquête franco-allemande Polis publiée dans De la police en démocratie. En Allemagne, le chiffre plafonne à 4,5 %.

Un rôle de cow-boys des banlieues, qui peut s’expliquer par le parcours du jeune policier avant d’être diplômé. Sur le terrain, la réalité n’a en effet rien à voir avec la théorie. « Durant leur formation, les jeunes policiers partent en stage sur le terrain. Là, ils adoptent les comportements de leurs pairs », explique le chercheur. Des comportements justifiés par l’effet de groupe.

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Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa Police, dénonce fermement la gestion de l’affaire Théo et veut redorer le blason de la profession. Si le policier reconnaît que, parfois, les insultes peuvent fuser, il assure que c’est rare. « Chaque année, il y a des dizaines de milliers de contrôles qui se passent bien, et on n’en parle pas. Il ne faut pas nier non plus la violence que l’on trouve en face de nous », soupire-t-il. « La police, c’est le reflet de la société. Il faut parfois réapprendre aux jeunes en formation à être polis. »

D’après Sébastian Roché, la solution se trouve « chez ceux qui pensent le modèle de la police ». Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a rappelé de son côté « l’exigence d’exemplarité » qui incombe à tous les fonctionnaires.