«Avoir une Atsem par classe, c'est pas du luxe!»... Quel est le quotidien des assistantes maternelles?

EDUCATION Alors que la ministre Annick Girardin vient d'annoncer des mesures pour améliorer les conditions de travail des Atsem, plongeon dans le quotidien d'Isabelle, assistante...

Oihana Gabriel

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Illustration d'enfants et d'un Atsem dans une ecole maternelle de Toulouse 
lors de la recréation.
Illustration d'enfants et d'un Atsem dans une ecole maternelle de Toulouse lors de la recréation. — Alexandre GELEBART/REA

Cantine, entretien, écoute… et parfois ateliers périscolaires. Les 60.000 Atsem (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles), à 99 % des femmes, sont chargées d’assister les enseignants des écoles maternelles. Mission floue, qui s’est beaucoup modifiée ces dernières années. Alors que la ministre de la Fonction publique Annick Girardin s’est engagée lundi à mettre en place des améliorations pour cette profession, 20 Minutes a demandé à Isabelle, Atsem depuis dix-huit ans et membre du collectif Atsem de France, de nous raconter son quotidien.

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Une journée-type

A 47 ans, Isabelle est considérée comme la « deuxième maman » des enfants dont elle s’occupe. Cette assistante maternelle accueille les plus jeunes dès l’ouverture des portes de son école maternelle, au sud d’Orléans (Centre). De 7h30 à 8h20, c’est la garderie. Ensuite, elle enfile ses habits de vigile. « Depuis le plan Vigipirate, je dois vérifier l’identité des parents qui pénètrent dans l’école », explique-t-elle.

Une fois le portail fermé, elle rejoint sa classe de grande section. « J’ai vraiment de la chance, car j’ai ma classe attitrée, mais je connais d’autres Atsem qui s’occupent de trois classes en même temps. Moi j'ai un contrat de 35h mais je travaille 41 heures par semaine; En contrepartie je récupère des jours de congé. Mais des collègues font la cantine et pas la garderie, d'autres travaillent à mi-temps. Chaque école a son fonctionnement. Mais le problème c’est qu’avec un millefeuille de missions différentes, ce travail dévient épuisant ».

Pendant la matinée, elle aide l’enseignant pour l’hygiène des enfants. S’occupe du nettoyage du matériel. Mais elle joue aussi un rôle pédagogique. « On met en place des ateliers de mathématique ou de langage. On réexplique les consignes aux enfants. »

Quand la cloche sonne à 11h30, il faut rassembler les enfants qui mangent à la cantine et les escorter. « Je veille à ce qu’ils se lavent les mains, je les sers, je les aide à manger… Puis je les ramène à la récréation », explique Isabelle. Qui a ensuite une demi-heure pour son propre déjeuner. « Pendant la sieste, on les aide à s’endormir en leur caressant les cheveux, en racontant des histoires ou en mettant une musique douce. » Pendant l’après-midi, Isabelle donne aussi un coup de main lors des ateliers d’art plastique.

A 16h30, la journée n’est pas finie : elle s’occupe de la garderie jusqu’à 18h30. Sauf le mercredi. « J’ai des collègues qui enchaînent avec le ménage des classes. Globalement on a une amplitude horaire importante… et même pas le temps d’aller aux toilettes ! On est tout le temps sollicitées pour un nez qui coule, des travaux à accrocher dans le couloir ou un pot de peinture renversé. »

Pénibilité du métier

Ce métier, Isabelle l’aime. « Ma journée, je la passe en symbiose avec les enfants. Ils se confient à nous, on les rassure, on les aide à gagner en autonomie et à se préparer pour le CP. Mais il faut avoir la vocation ! »

D’abord parce que s’occuper de 30 petits enfants toute la journée n’est pas de tout repos. « On subit une fatigue nerveuse et auditive importante. Dans une salle de restauration scolaire, le niveau sonore peut atteindre 70 ou 80 décibels. »

Mais la pénibilité est aussi physique. « En maternelle, tout est petit ! Quand on fait 1m50 ça va, mais sinon on passe sa vie penchée, voûtée ou à genoux. » Et grandes vacances riment pour ces Atsem avec grand ménage. « On bouge les meubles, on décape, on cire… On démonte l’école ! » Justement, le ministère semble reconnaître la pénibilité de ce métier.

Des missions variées… et mal reconnues

Mais le métier d’Atsem a énormément évolué ces dernières années. « Depuis la réforme des rythmes scolaires, beaucoup d’entre nous animent des ateliers périscolaires », reprend Isabelle. Elle s’occupe tous les jeudis de 13h20 à 16h30 d’un groupe de quatorze enfants. « La dernière fois, on a travaillé sur le thème des hiboux et chouettes. Après des exercices de décontraction en écoutant les bruits de la nature, on a fabriqué de petites chouettes en carton et objets de récupération. » Or ces ateliers demandent de la recherche et de la préparation. « Il faut imaginer des jeux adaptés à chaque âge et que tout soit prêt. » Et Isabelle n’a pas eu de revalorisation de son salaire. « Je gagne 1.500 euros net avec des primes et je travaille dix heures par jour. Alors quand on me dit que les fonctionnaires coûtent cher… »

Autre réforme qui a impacté ce métier : l’entrée en maternelle d’enfants de deux ans. « Certains ne parlent pas, ont peur de la collectivité, beaucoup ne sont pas propres, mais une école maternelle est rarement équipée pour le change. » Autant de travail en plus pour ces Atsem.

Qui espèrent que le ministère va améliorer les conditions de travail et redéfinir leurs missions. Les annonces d’Annick Girardin vont dans le bon sens, mais Isabelle attend des avancées concrètes. « Avoir une Atsem par classe, ce n’est pas du luxe ! Même au niveau de la sécurité des enfants, un adulte pour trente petits, c’est compliqué. Souvent les parents qui ont organisé un goûter avec dix enfants nous demandent : mais comment vous faites ? »

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