Est-ce que le sexting change la sexualité des Français?

SEXE A quelques jours de la Saint-Valentin, «20 Minutes» dévoile un sondage qui avance que plus d'un Français sur deux s'est mis au sexto...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une photo prise sur un smartphone.
Illustration d'une photo prise sur un smartphone. — Pixabay

Envoyer une photo de vous entièrement nu pour la Saint-Valentin, inimaginable ? De moins en moins ! Selon un sondage du réseau social libertin Wyylde sur les Français et le sexe*, dévoilé en exclusivité par 20 Minutes, 57 % des Françaises ont déjà envoyé un sexto, même proportion chez les hommes. Quant aux sextapes : 26 % des femmes et 38 % des hommes ont déjà filmé ou accepté d’être filmé(e) lors de leurs ébats. Ces nouvelles pratiques changent-t-elles la sexualité des Français ?

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Une pratique qui entre dans les moeurs

En 2013, déjà une enquête de l’Ifop dévoilait que sextos et sextapes commençaient à entrer dans les mœurs. En effet, 29 % des Français avait déjà reçu des photos ou des vidéos d’autrui nu ou dénudé et 19 % avait envoyé des sextos et sextapes. Une tendance qui a accouché d’un nouveau mot : le sexting, contraction de sexe et de texto, qui regroupe tous les messages érotiques, photo, emoji, texte, vidéo. « Aujourd’hui, le sexting fait partie de la culture amoureuse, assure Ariane Picoche, journaliste en sexologie. La drague et la sensualité passe maintenant par le smartphone ».

Un nouveau langage de la séduction

Une révolution ? Pas sûr. « L’échange érotique qui joue sur la frustration a toujours existé, les lettres érotiques de grands écrivains en sont un bon témoignage, reprend la co-fondatrice de ASV STP, laboratoire du couple 2.0. Dès le début d’internet, on a vu apparaître sur la messagerie Caramail des échanges érotiques. Ce qui est nouveau, ce sont les outils qui aujourd’hui changent la temporalité et le langage. » Et plus les outils se perfectionnent, plus les usagers peuvent envoyer des vidéos de qualité très rapidement. « Ce n’est pas un changement de la sexualité sur le fond, mais sur la forme, confirme Elsa Godart, philosophe et auteure de  Je selfie donc je suis. C’est une nouvelle manière de faire la cour ! Aujourd’hui l’effeuillage est devenu sextape. »

Et Ariane Picoche date cette explosion du sexting autour de 2012, avec la multiplication des sites de rencontres et l’apparition de Tinder. « Le fait de jouer un rôle, de savoir que la personne se trouve loin, aide certains à se lâcher, cachés derrière leur écran. » Une pratique démocratisée par les stars avec les sextapes de Kim Kardashian, Paris Hilton ou de Jennifer Lawrence. « Comme toujours, les jeunes imitent leurs idoles », souligne Elsa Godart. « La limite entre intimité et vie publique est plus floue », complète Ariane Picoche. « Dans le porno, de plus en plus de vidéos mettent en scène la « girl next door », s’inspirent des codes des films amateurs. Et parallèlement, tout le monde peut jouer à la porn star ».

Plus de liberté sexuelle ?

Ce qui ne veut pas dire que les Français aient forcément une sexualité plus libre. « On a beau avoir des outils perfectionnés, la sexualité reste soumise à beaucoup d’injonctions, soulève Ariane Picoche. On voit d’ailleurs certaines jeunes filles s’obliger à faire une sextape parce que c’est à la mode. » Et surprise :deux études américaines récentes montrent que la génération Y a moins de rapports sexuels que les baby boomers. « On a une impression de liberté sexuelle, mais les jeunes n’ont pas forcément plus de partenaires ou plus de relations sexuelles qu’avant », explique Ariane Picoche. Seul vrai changement : cette sexualité 2.0 a facilité les relations amoureuses à distance.

Et ces nouvelles pratiques ne semblent pas non plus avoir un impact sur l’épanouissement. Selon le sondage de Wyylde, 46 % des femmes et hommes se disent satisfaits de leur sexualité. Pas loin des résultats de la grande enquête sur la sexualité des Français en 2006 de l’Institut national des études démographiques (Ined) : 44 % des Françaises se disaient très satisfaites de leur vie sexuelle, contre 34 % des hommes.

Société hypercommunicante… et solitude

Cette mode du sexting n’empêche pas la solitude. Bien au contraire. « Notre rapport entre le "je" et le "tu" passe par un objet, analyse Elsa Godart, également psychanalyste. Au point même qu’un couple dans une même pièce peut s’envoyer des messages au lieu de se parler ! Finalement cette sexualité virtuelle témoigne d’une grande solitude. Le paradoxe, c’est qu’on évolue dans une société hyper communicante et en même temps très isolante. »

Des dangers ignorés

Pire, cette sexualité 2.0 est parfois risquée. « L’absence de face-à-face fait parfois oublier qu’il y a quelqu’un derrière l’écran, souligne Elsa Godart. On confie à une personne son intimité sans toujours penser aux conséquences. » La montée en puissance du revenge porn le prouve.

« Il y a encore une grande insouciance par rapport au sexting », reprend Ariane Picoche. Ce qui est normal pour un phénomène récent. « Les gens manquent de recul sur ces pratiques, mais Internet n’oublie pas. Il faudrait sensibiliser les plus jeunes dès le collège aux dangers que représente cette mode », assure Ariane Picoche.

Mais de nouveaux outils proposent de revenir à l’éphémère. « Ainsi, Snapshat, qui efface les messages au bout de dix secondes maximum, permet de se protéger du revenge porn », avance Ariane Picoche. Autre solution selon elle : l’application Kik, qui permet aux utilisateurs de s’envoyer des photos, vidéos, dessins en utilisant un pseudo pour rester anonyme.

* Enquête réalisée en ligne du 26/10/2016 au 20/11/2016 auprès de 6840 répondants sur le site www.aufeminin.com : 17 % d’hommes et 83 % de femmes, dont 38 % de personnes entre 15 et 25 ans, 52 % entre 25 et 44 ans et 10 % plus de 44 ans.