Qui est Eliane Houlette, la procureure qui tient le destin de François Fillon entre ses mains?

PORTRAIT Cheffe du parquet national financier, cette magistrate de 64 ans a ouvert une enquête préliminaire sur les emplois présumés fictifs de Penelope Fillon…

Vincent Vantighem

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Paris, le 23 janvier 2017. Eliane Houlette lors de l'audience solennelle de rentrée du tribunal de Paris.
Paris, le 23 janvier 2017. Eliane Houlette lors de l'audience solennelle de rentrée du tribunal de Paris. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

« Quand j’ai lu dans le journal qu’elle s’occupait de François Fillon, je me suis dit qu’il n’allait pas beaucoup se marrer… » Connaissance d’Eliane Houlette, l’homme qui s’exprime ainsi a raison : le candidat à la présidentielle ne rigole pas beaucoup ces derniers temps. La faute aux révélations du Canard enchaîné sur les emplois présumés fictifs de son épouse, Penelope. La faute aussi, donc, à Eliane Houlette, cheffe du parquet national financier (PNF), qui a ouvert, immédiatement, une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics » et « abus de biens sociaux ».

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Agée de 64 ans, cette mère de deux grands enfants est donc la procureure de la République qui tient le destin de François Fillon entre ses doigts. Et avec lui, une partie du sort de la future élection présidentielle. C’est du reste ce que lui reproche le candidat de droite. Passé le choc de la polémique, il a dénoncé un « coup d’Etat institutionnel », accusant « la gauche » et « le pouvoir » d’être à la manœuvre.

Nommée par Christiane Taubira à la tête de ce parquet spécialisé en janvier 2014, Eliane Houlette est pourtant plus connue pour sa discrétion que pour ses amitiés politiques ou même syndicales. « En réunion, la semaine dernière, on s’est demandé qui l’avait déjà rencontrée, raconte Clarisse Taron, la présidente du Syndicat de la magistrature. Eh bien, il n’y avait personne… »

La condamnation de Jérôme Cahuzac, son premier fait d’arme

De sa voix douce, celle qui a commencé sa carrière comme juge des enfants à Blois (Loir-et-Cher) prône pourtant le dialogue et l’échange en permanence. Chacun des 400 dossiers qui s’empilent sur son bureau de la rue des Italiens (Paris 9e) est systématiquement traité par au moins deux des quinze magistrats sous ses ordres.

Au menu, des abus de marché, des atteintes à la probité et beaucoup de fraudes fiscales. Avec quelques noms célèbres figurant sur la tranche des dossiers. De droite comme de gauche. Si, à son arrivée en 2014, Nicolas Sarkozy est le premier à avoir fait les frais d’une enquête – celle sur les écoutes dans l’affaire Bettencourt – elle a depuis demandé et obtenu la condamnation de Jérôme Cahuzac, par exemple.

Si elle est effacée, ce sont sans doute les réquisitions, qu’elle a faites lors de ce procès, qui permettent d’en savoir plus sur ce qui l’anime réellement aujourd’hui. « En matière de vol, de stupéfiants, d’agressions, la prison est fréquente. En matière de fraude fiscale, elle est rare », expliquait-elle avant de demander, les yeux dans les yeux, une peine de prison ferme pour l’ancien ministre du Budget. Logique si l’on suit son raisonnement : la délinquance en col blanc « fait des victimes beaucoup plus nombreuses que n’importe quel crime… » Car, selon elle, « c’est la société tout entière » qui subit les conséquences de ce type d’agissements.

« Pointilleuse, précise, très très professionnelle »

De quoi susciter un peu de crainte chez les Balkany Thévenoud  et les autres qui attendent actuellement leur procès dans cette antichambre du palais de justice ? Sans doute. « Je ne la connais pas, je ne l’ai jamais vue », préfère mentir un grand avocat qui a pourtant eu à ferrailler avec elle sur un dossier. « Je ne veux pas y penser pour l’instant. Je peux juste dire qu’elle est compétente », complète un autre qui requiert, pour cela, l’anonymat.

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C’est sans doute Dominique Ribeyre qui en parle finalement le mieux. Gérant d’un hôtel des ventes parisien, ce commissaire-priseur a rencontré Eliane Houlette à quelques reprises quand celle-ci était au Conseil des ventes volontaires, l’autorité de régulation des ventes aux enchères. « Elle est très très professionnelle. Pointilleuse même, confie-t-il. Quand elle pose une question, c’est tellement précis qu’il est difficile de répondre à côté. » François Fillon est prévenu.