VIDEO. Aulnay-sous-Bois: Un policier mis en examen pour viol, les trois autres pour violences volontaires

FAITS DIVERS Les quatre policiers ont été entendus par un juge d'instruction un peu plus tôt ce dimanche...

A.B. avec AFP

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Illustration police à Paris.
Illustration police à Paris. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Un policier a été mis en examen pour viol et ses trois collègues pour violences volontaires en réunion après l’interpellation jeudi au cours de laquelle un jeune homme de 22 ans a été gravement blessé à coups de matraque, laissant « sous le choc » la cité des 3.000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Mis en examen et suspendus

Jeudi, les quatre fonctionnaires avaient été placés en garde à vue dans les locaux de la police des polices, l’IGPN, soupçonnés de « viol en réunion ». Le parquet de Bobigny avait ouvert dimanche matin une information judiciaire pour « violences » mais le juge d’instruction chargé de l’enquête a, in fine, décidé de poursuivre l’auteur présumé des coups de matraque télescopique pour « viol ».

Les quatre hommes ont par ailleurs été placés sous contrôle judiciaire et trois d’entre eux se sont vus interdire par le juge d’exercer l’activité de fonctionnaire de police, a indiqué le parquet de Bobigny. Mais, dimanche soir, le ministre de l’Intérieur a décidé d’étendre cette suspension au quatrième policier. Bruno Le Roux avait prévenu que des « sanctions » seraient prises « s’il était avéré que les règles déontologiques, éthiques et de droit n’ont pas été scrupuleusement respectées ».

Dimanche, le maire LR de la commune, Bruno Beschizza, avait de son côté dénoncé la requalification des accusations de « viol » en « violences », « vécue comme un détournement de vérité », selon lui.

60 jours d’incapacité totale de travail

Gravement blessé au niveau de la zone rectale, le jeune homme était toujours hospitalisé dimanche, après avoir été opéré. Après son transport à l’hôpital d’Aulnay, jeudi, un médecin avait diagnostiqué à la victime, par ailleurs blessée au niveau du visage et du crâne, « une plaie longitudinale du canal anal » et une « section du muscle sphinctérien », et lui avait prescrit 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT).

De source proche du dossier, le ministre de l’Intérieur a proposé de recevoir la famille de la victime dimanche place Beauvau mais cette dernière a décliné.

Dans un communiqué, le parquet est revenu sur les circonstances de cette interpellation jeudi vers 17 heures à Aulnay : les policiers « procédaient au contrôle de l’identité d’une dizaine de personnes après avoir entendu les cris caractéristiques des guetteurs de points de vente de stupéfiants », explique-t-il. Au cours de cette opération, ils « tentaient de procéder à l’interpellation d’un homme de 22 ans » et, « au regard de la résistance de ce dernier », ont fait « usage de gaz lacrymogène et, pour l’un d’entre eux, d’une matraque télescopique ».

Les avocats de l’un des trois policiers accusés de violences, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik, ont expliqué dans un communiqué que ce dernier « récus(ait) toute faute qui lui serait personnellement imputable, et s’était expliqué en garde à vue sur l’usage qu’il a dû faire de la force dans le cadre d’une interpellation qui malheureusement a dégénéré ».

« L’image de la République mise à mal »

Samedi soir, vers 21 heures, de brefs incidents ont éclaté dans la vaste cité des 3.000, où une voiture a été brûlée et une tentative d’incendie constatée sur un bus. Des abribus ont également été cassés, et le quartier plongé dans l’obscurité après le sabotage de l’éclairage public. Une compagnie de CRS a été appelée en renfort dans le quartier, selon une source policière.

« C’est un vrai choc, comme on n’en a jamais connu à Aulnay. Théo (le jeune homme blessé) est un citoyen français engagé dans la vie de son quartier, c’est une famille exemplaire », a dit Hadama Traoré, qui a grandi aux « 3.000 » et vient de fonder un mouvement citoyen, « La révolution est en marche ».

Pour le président PS du département de Seine-Saint-Denis, « les conditions de cette interpellation, ses motifs posent de très nombreuses questions ». « S’il y a des milliers de policiers qui font correctement leur travail (…), encore trop d’interpellations tournent au cauchemar pour certains jeunes. C’est l’image de la République qui est mise à mal, il est urgent d’y remédier », estime Stéphane Troussel dans un communiqué.

Début janvier, six mois de prison avec sursis avaient été requis dans une autre affaire contre un policier municipal de Drancy (Seine-Saint-Denis), accusé d’avoir violenté avec sa matraque un homme de 27 ans lors d’une interpellation mouvementée en 2015. Le certificat médical établi cette nuit-là avait attesté d’une « pénétration ». Le tribunal doit rendre sa décision le 20 février.