Comment les proviseurs tentent de combattre les violences scolaires

EDUCATION La sécurité aux abords des lycées pose à nouveau question après la mort d'un lycéen parisien ce lundi...

Delphine Bancaud

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Des policiers aux abords du lycée Charles-de-Gaulle le 30/01/17 à Paris.
Des policiers aux abords du lycée Charles-de-Gaulle le 30/01/17 à Paris. — ALAIN JOCARD / AFP

La spirale de violences aux abords des lycées continue. Un lycéen est mort lundi, poignardé mortellement lors d’une altercation avec un groupe de jeunes à Paris, à proximité de son établissement. C’est le quatrième décès d’un lycéen aux abords de son établissement depuis septembre dernier. En décembre, un adolescent de 16 ans, scolarisé dans un lycée professionnel des quartiers sud de Marseille, est mort après avoir été poignardé au cou devant son établissement. En septembre, une lycéenne de 15 ans, poignardée par un de ses camarades de classe dans un établissement proche de Villefranche-sur-Saône (Rhône), a aussi succombé à ses blessures. Le même mois, un lycéen est également décédé en Guadeloupe après avoir reçu des coups de couteau dans un quartier proche de son lycée.

Une série noire inédite qui inquiète les chefs d’établissements. « Le phénomène des bandes et des règlements de compte a toujours existé dans les grandes métropoles, mais on constate une aggravation dans le passage à l’acte délibéré », explique à 20 Minutes Michel Richard, secrétaire général du SNPDEN, le syndicat des proviseurs. Les chefs d’établissement subissent aussi de plein fouet les violences en tentant de protéger leurs élèves : « depuis septembre dernier, dix personnels de direction ont subi des agressions physiques graves », ajoute-t-il.

Des proviseurs à l’écoute des alertes formulées par les élèves

Pour se prémunir contre les violences, les proviseurs ne ménagent pas leur peine. « Depuis une dizaine d’années, ils sont de mieux en mieux formés à la gestion de crise et tentent d’anticiper les problèmes en effectuant un travail de fond pour prévenir les violences », constate Catherine Blaya, présidente de l’Observatoire International de la Violence à l’École. Tout d’abord en ouvrant leurs oreilles aux menaces qui planent sur certains élèves. « La politique de l’autruche est terminée depuis longtemps chez les chefs d’établissement. On est à l’écoute des élèves qui nous font régulièrement remonter des informations sur des menaces proférées contre leurs camarades sur les réseaux sociaux. Dans ces cas-là, on enquête, on recoupe nos informations avant d’alerter notre correspondant à la police ou à la gendarmerie », explique-t-il.

Et lorsque des lycées sont en proie à des montées de tensions et qu’ils peuvent être vulnérables, les proviseurs font remonter leurs inquiétudes aux collectivités territoriales pour qu’elles sécurisent mieux leurs murs. La région Ile-de-France a ainsi procédé en 2016 à des travaux de sécurisation de quatre lycées de Seine-Saint-Denis particulièrement visés par des violences (le lycée Hélène Boucher à Tremblay-en-France, Louis Michel à Epinay-sur-Seine, Suger et Enna à Saint-Denis). « La Région a renforcé la sécurisation des lycées franciliens en débloquant un budget de 10 millions d’euros en 2016 et une enveloppe similaire votée la semaine dernière, en séance plénière, pour l’année 2017 », explique à 20 Minutes, le cabinet de Valérie Pécresse. « Des caméras de vidéosurveillance qui ont été installées devant certains lycées de France permettent aussi désormais de filmer les premiers mètres autour des lycées », indique Michel Richard. Reste que l’on ne peut pas sécuriser les rues avoisinantes des établissements « chauds », qui sont souvent le theâtre d’agressions.

Apprendre aux élèves à gérer leurs conflits

Mais c’est aussi sur le terrain de la prévention que les proviseurs agissent. « On effectue un vrai travail éducatif pour rappeler à nos élèves les règles qui doivent régir la vie en société ainsi que la manière de gérer les conflits », indique Michel Richard. Les proviseurs mobilisent les équipes mobiles de sécurité à cet effet. « On fait intervenir des policiers, des magistrats, des psychologues qui sensibilisent les élèves aux phénomènes des bandes, à la caisse de résonance que peut être Internet en ce qui concerne les appels à la violence », poursuit-il. Conscient de l’importance de désamorcer les violences le plus tôt possible, le ministère de l’Education a décidé de booster les équipes mobiles de sécurité. « La ministre a annoncé en décembre la création de 77 postes supplémentaires pour renforcer les équipes mobiles de sécurité en 2017 », explique à 20 Minutes son entourage. Les proviseurs peuvent faire appel aussi à ces personnels pour participer à la gestion de crise, notamment après des épisodes de violence. « De nombreux proviseurs ont aussi développé la médiation entre pairs, organisent des mises en situation pour permettre aux élèves de gérer leurs conflits, développent des formations à la communication non violente… », observe Catherine Blaya.

Et après un épisode de violence, ils mettent aussi tout en œuvre pour qu’il n’y ait pas de vengeance et que les autres lycéens regagnent un peu de sérénité. « Dans le cas d’une agression mortelle d’un lycée par exemple, le proviseur sollicite le rectorat afin qu’il déploie une cellule d’aide psychologique. On fait tout aussi pour éviter que les familles ne fuient l’établissement, en tentant de les rassurer, en organisant des journées portes ouvertes de l’établissement, en valorisant les réalisations des élèves », explique Michel Richard.

Des agents de sécurité dans les établissements ?

Reste que pour le SNPDEN, tous ces moyens d’action ne sont pas suffisants. « Il va falloir mettre en place des personnels de sécurité dédiés à la sécurité dans les établissements », estime Michel Richard, relayant la demande faite par son syndicat au ministère de l’Education, qui n’y a pas accédé pour l’heure. « Faire intervenir des policiers dans les établissements n’est pas forcément la bonne solution. Car en observant des expériences similaires en Amérique du Nord, j’ai pu constater que ces policiers peuvent outrepasser leurs prérogatives, par exemple en emmenant au poste des adolescents contre l’avis du chef d’établissement », indique de son côté Catherine Blaya.