Affaire Penelope Fillon: François Fillon peut-il être mis en examen avant la présidentielle?

JUSTICE Ce n’est pas impossible mais tout de même peu probable…

V.V.

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François Fillon sur le plateau de TF1, le 26 janvier 2017.
François Fillon sur le plateau de TF1, le 26 janvier 2017. — Pierre CONSTANT / POOL / AFP

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Réagissant, jeudi soir sur le plateau de TF1, à la polémique concernant l’emploi de son épouse, François Fillon a indiqué qu’une mise en examen – une « atteinte à son honneur » – serait « la seule chose » qui pourrait l’empêcher d’être candidat à la présidence de la République en avril et mai prochains.

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Si le parquet national financier n’a pas traîné pour ouvrir une enquête préliminaire pour « détournement de fonds », « abus de biens sociaux » et « recel » après les révélations du Canard enchaîné, l’élu de la Sarthe sait tout de même que le temps joue en sa faveur.

« Il est vraiment peu vraisemblable que l’enquête débouche sur sa mise en examen dans les trois mois, analyse ainsi Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature (classé à gauche). Même si ce n’est pas impossible… »

« L’idée, c’est quand même d’aller vite… »

Concrètement, dans le cadre d’une enquête préliminaire, les magistrats du parquet national financier procèdent à des auditions, recueillent des éléments de preuve et analysent le dossier avant de voir s’ouvrir devant eux trois possibilités.

D’abord, ils peuvent classer l’enquête sans suite. Ensuite, ils peuvent faire citer directement l’ancien Premier ministre devant un tribunal mais cela est peu probable vu la complexité de l’affaire. Enfin, ils peuvent ouvrir une information judiciaire entraînant la désignation d’un juge d’instruction seul apte à mettre quelqu’un en examen après avoir lui-même auditionné les protagonistes de l’affaire.

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« L’idée, c’est quand même d’aller vite, confie une source proche de l’enquête. Même si les délais, à l’heure actuelle, paraissent encore très vagues vu les éléments à disposition… » François Fillon a déjà fourni des « documents » à la justice. Les premiers témoins ont été entendus ce vendredi. « Mais pour entraîner l’ouverture d’une information judiciaire, il faut s’appuyer sur ce que l’on appelle des indices graves et concordants… », rappelle Laurence Blisson.

Trois mois pour Jérôme Cahuzac mais il était passé aux aveux

En 2013, trois petits mois s’étaient écoulés entre l’ouverture de l’enquête et la mise en examen de Jérôme Cahuzac. Mais l’ancien ministre du Budget était passé aux aveux alors que François Fillon conteste les faits menaçant même les médias de procès en « diffamation ».

Pour les magistrats, le compte-à-rebours est, quoi qu’il en soit, déjà enclenché. Si la démocratie française repose sur le principe de la séparation des pouvoirs, ils sont toujours réticents à engager des poursuites à l’encontre d’élus à quelques semaines d’un scrutin. « C’est un questionnement perpétuel en période électorale », poursuit Laurence Blisson.

S’ils décident d’attendre et que François Fillon se retrouve président de la République en mai prochain, ils devront alors patienter cinq ans avant d’aller plus loin en raison de l’immunité présidentielle dont il bénéficiera alors.