Surdoué : Comment les parents peuvent-ils repérer et aider un «enfant zèbre»?

EDUCATION L’auteure espagole Lucia Etxebarria publie un récit autobiographique sur son passé de « zèbre », c’est-à-dire surdouée. L’occasion de s’intéresser à l’accompagnement de ces enfants…

Oihana Gabriel

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Illustration de parents avec leur enfant.
Illustration de parents avec leur enfant. — Pixabay

« Nous souffrons parce que nous nous sentons différents, incompris et seuls. La grande majorité des zèbres passent leur vie à cacher leur condition ». Voilà comment Lucia Etxebarria, décrit dans son récit autobiographique Le don empoisonné de la folie* qui vient de sortir, son passé de zèbre. Un terme doux, synonyme de surdoué. Elle dévoile à quel point ce « don » peut se transformer en souffrance. Comment accompagner son enfant zèbre en tant que parent ?

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« A quatre ans, mon fils savait lire »

Quel lien entre le zèbre et un surdoué, c’est-à-dire un enfant qui a un QI de plus de 130 ? C’est une psychologue, Jeanne Siaud-Facchin qui a inventé ce terme pour sortir des clichés : « le zèbre, difficilement apprivoisable, se fond dans le décor tout en s’y distinguant par leurs rayures propres à chaque individu… ça colle », écrit-elle dans Trop intelligent pour être heureux. « Un enfant sur quarante serait surdoué, c’est beaucoup ! », s’exclame Alexandra Reynaud, auteur du blog et livre Les Tribulations d’un petit zèbre. Où elle raconte comment elle s’est confrontée et renseignée sur la « douance » de son fils Elijah… et la sienne !

« A quatre ans, mon fils savait lire, mais dans ma famille ce n’était pas une exception. Il était dans "ma" norme. Mais à l’école, l’écart s’est creusé. Alors on a consulté une psychologue pour des tests. J’avais en tête des caricatures d’enfants surdoués champions d’échec. Quand la psychologue nous a appris qu’il avait un QI très haut, j’ai été abasourdie. J’ai perdu ma voix pendant une semaine… et j’en ai profité pour lire tout ce que je pouvais sur les enfants surdoués. Et en 2008, la littérature n’était pas très engageante. »

Mais depuis, le blog de cette mère zèbre, de nombreux ouvrages et associations accompagnent les familles d’enfant zèbres. Une fois que le diagnostic est posé. Ce qui n’est pas évident. Car certains enfants surdoués souffrent parfois de troubles obsessionnels Compulsifs (Toc), de dyslexie, d’hyperactivité qui viennent brouiller les signaux.

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« C’est très important d’expliquer à l’enfant qu’il n’est ni bizarre, ni fou »

Comment repérer assez tôt ? « Dès la naissance, certains bébés observent avec intensité ce qui les entoure, précise Arielle Adda, psychologue et auteur de L’enfant doué : l’intelligence réconciliée. Si chaque enfant surdoué est différent, en général il parle tôt, raisonne vite et de façon approfondie. Mais il est parfois maladroit : sa main va plus lentement que son cerveau, ça l’agace et il ne travaille pas assez sa motricité. »

Premier réflexe quand on a un doute : « il faut consulter un psychologue spécialiste des enfants surdoués », assure Alexandra Reynaud. Qui proposera l’un des trois tests de QI en fonction de l’âge de l’enfant. « Et c’est très important d’expliquer à l’enfant qu’il n’est ni bizarre, ni fou, reprend cette mère. Mon fils de quatre ans exprimait déjà son sentiment d’être différent. Ce n’est ni une maladie, ni un handicap, ni dramatique, mais une différence dont il faut tenir compte pour aider l’enfant à se développer à son rythme. »

Comment expliquer à son enfant cette particularité ? « On lui dit qu’il a le cerveau qui va plus vite que certains, qui plus tard, seront comme lui, avance Arielle Adda. « Moi j’ai insisté sur le fait qu’on ne choisit pas, que c’est pour la vie et que d’autres enfants fonctionnaient comme lui », se rappelle la mère d’Elijah.

Eviter l’ennui et le décrochage

« J’ai parmi mes patients un garçon de six ans qui écrit à merveille, résout des problèmes de maths compliqués… et s’ennuie à mourir en CP », témoigne la psychologue. Car c’est bien là le problème, pour ces enfants zèbres, si le diagnostic ne tombe pas à temps, ils peuvent s’ennuyer et parfois décrocher. Elijah, une fois le test de QI tombé, a pu sauter le CP. Et se retrouve aujourd’hui à 12 ans en seconde. « Les enfants non diagnostiqués peuvent sauter une classe, pas plus, précise Alexandra Reynaud. Certains enfants zèbres, qui sont très doués pour masquer leurs sentiments et tentent de protéger leurs parents, taisent les problèmes à l’école. Or, c’est compliqué de rattraper des années de souffrance. »

« A plus grand cerveau, plus d’émotions »

D’autant que les enfants zèbres partagent également une hypersensibilité. « A plus grand cerveau, plus d’émotions », synthétise Lucia Etxebarria. Et paradoxalement, les surdoués souffrent souvent d’un manque de confiance en eux. « Ils sont très conscients des failles de leur intelligence, c’est pourquoi ils ont un énorme besoin d’être rassuré », ajoute Alexandra Reynaud.

Et comment les aider après les cours ? « Il faut leur faire découvrir des activités qui leur correspondent, musique, sport, théâtre pour leurs donner le goût de l'effort et surtout qu’ils rencontrent d’autres enfants zèbres, conseille Arielle Adda. Avec lesquels ils n’ont pas besoin de s’adapter, de se freiner et qui leur ressemblent. »

*Le don empoisonné de la folie, Edition Mazarine, 18 euros, sortie le 23 janvier 2017.