Restrictions de circulation : Comment convaincre les automobilistes de laisser la voiture au garage

PIC DE POLLUTION Les mesures de circulation alternée ou différenciée sont souvent dures à avaler pour les automobilistes…

Anissa Boumediene

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Face à un nouveau pic de pollution durable, Paris, Lyon ou encore Grenoble ont adopté des mesures de restrictions de circulation.
Face à un nouveau pic de pollution durable, Paris, Lyon ou encore Grenoble ont adopté des mesures de restrictions de circulation. — P. DESMAZES / AFP

Ciel chargé et voitures à la niche ! Alors qu’un nouveau pic de pollution aux particules fines touche une bonne partie du pays, les interdictions de circulation aux véhicules les plus polluants mises en place depuis le début de la semaine dans les agglomérations de Paris, Lyon et Grenoble sont reconduites ce mercredi. Et la pollution devait se poursuivre, ces restrictions pourraient s’étendre jeudi. Résultat : de nombreux véhicules n’ont pas droit de cité sur les routes. Des mesures qui ont vocation à améliorer la qualité de l’air, mais qui ont toujours du mal à passer chez une partie des automobilistes.

La chasse aux voitures

Pas toujours facile pour les automobilistes de s’y retrouver entre les dispositifs de circulation alternée (en fonction du numéro de plaque d’immatriculation) ou différenciée (vignette en fonction du niveau de pollution du véhicule). Mais une chose est sûre : une partie d’entre eux doivent depuis quelques jours composer avec ces restrictions de circulation, sous peine de récolter une amende amère.

Dans la capitale, où les vignettes Crit’Air sont obligatoires depuis le 16 janvier, les véhicules sans vignette car trop anciens (interdits de manière permanente en journée à Paris) risquent une prune allant de 22 à 135 euros (selon le lieu et le type de véhicule). Une mesure qui traduit la chasse aux voitures engagée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui souhaite diviser par deux le nombre d’automobiles dans la capitale. « C’est une politique cohérente », juge  Nicolas Louvet, directeur de 6t, un bureau de recherche spécialiste des questions de mobilité individuelle et collective. « C’est n’importe quoi ! Qu’on laisse les automobilistes rouler en paix, répond Pierre Chasseray, directeur général de 40 Millions d’automobilistes. De toute façon, les voitures les plus polluantes finiront bientôt à la casse, on ne peut pas priver leur propriétaire de la route ».

« Il faut contraindre les Parisiens à abandonner la voiture »

«Les pics de pollution à répétition impliquent la nécessité d’engager des mesures pour réduire la circulation automobile qui, à ce jour, reste l’une des causes principales de la pollution atmosphérique, rappelle Nicolas Louvet. La voiture, c’est un peu un rapport de "je t’aime moi non plus" : on sait que c’est mauvais pour l’environnement et en même temps, y toucher revient pour beaucoup de monde à toucher à leur liberté. Et les gens ne sont pas habitués à ce que l’on restreigne cette liberté-là », poursuit l’expert, qui plaide pour une meilleure information des automobilistes sur les solutions de transport alternatives : « parkings relais, autopartage, etc. ».

Faut-il développer davantage l’offre alternative à la voiture ? « Il y a certainement des villes où des efforts sur les infrastructures seraient nécessaires, mais on ne peut pas non plus tout miser sur l’offre », estime Nicolas Louvet. Pour lui, la solution est simple : « Il faut contraindre les automobilistes, parisiens notamment, à abandonner leur voiture. S’il y a encore autant de voitures dans la ville, c’est qu’il est encore trop facile aujourd’hui de conserver son véhicule ». Ses pistes : « une contravention de stationnement passée à 50 euros et une hausse du prix du stationnement pour les résidents parisiens », avec en ligne de mire les places de stationnement « ventousées », occupées par des résidents qui n’utilisent leur véhicule qu’occasionnellement.

« Tolérance » et « mesure de séduction »

A ces mots, Pierre Chasseray voit rouge. « Mais comment peut-on défendre une telle position ? », tempête-t-il. « On le sait que les voitures polluent, mais ce n’est pas pour autant que l’automobiliste qui ne roule pas sur l’or et qui a légalement acheté sa voiture pour aller travailler comprendra qu’on lui interdise de s’en servir et qu’on le matraque à coups de contraventions et de tarifs prohibitifs ».

« Dès lors que l’on vous impose quelque chose, c’est perçu comme personnellement injuste, pense Nicolas Louvet. Pour le plus grand nombre, la pollution est une problématique majeure certes, mais un enjeu global difficile à ramener à soi. Beaucoup trouveront qu’il est plus difficile d’abandonner la voiture pour aller travailler que de tousser le soir parce qu’on a respiré un air pollué ».

Du côté de l’association d’automobilistes, on voit les choses différemment, et on plaide « pour un peut de tolérance ». Et une touche de séduction. « Il faudrait plutôt développer les parkings relais gratuits et surveillés, comme à Lille, préconise-t-il. Plutôt que des mesures punitives, on obtiendrait un plus large consensus chez les automobilistes si on adoptait une logique incitative qui les convaincrait de moins utiliser leur véhicule ».