Paris, le 24 janvier 2017. Pauline Miranda, victime de l'explosion de l'usine AZF, manifeste devant le palais de justice de Paris où s'ouvre le troisième procès de la catastrophe.
Paris, le 24 janvier 2017. Pauline Miranda, victime de l'explosion de l'usine AZF, manifeste devant le palais de justice de Paris où s'ouvre le troisième procès de la catastrophe. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

REPORTAGE

Procès de la catastrophe AZF : « Si ça avait explosé à Paris, aurait-on jugé l’affaire à Toulouse ? »

Le troisième procès-fleuve de la catastrophe industrielle toulousaine s’est ouvert, ce mardi à Paris, au grand dam des victimes…

Valise à la main, un homme regarde les quelques flocons de neige s’écraser mollement sur le boulevard du Palais; « ça caille ! Et puis ça pue ici ! », maugrée-t-il. Une trentaine de victimes de l’explosion du complexe AZF de Toulouse (Haute-Garonne) n’ont pas caché, ce mardi, leur « colère » de se retrouver « à la capitale » pour assister à l’ouverture du procès en appel de cette catastrophe industrielle qui a fait 31 morts et plus de 8.000 blessés à près de 700 kilomètres de là, en 2001.

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« Si ça avait explosé à Paris, aurait-on jugé l’affaire à Toulouse ? », demande benoîtement Liliane, 69 ans, dont l’appartement situé à 800 mètres de l’usine avait été « soufflé » par l’explosion. Non, sans doute pas. C’est, en fait, la Cour de cassation qui a décidé du lieu de ce troisième procès qui doit durer jusqu’au 24 mai. « Du coup, on va se relayer pour qu’il y ait toujours quelqu’un sur place, explique Eric, 53 ans, qui a pris deux semaines de ses « congés 2017 » pour venir jusque-là.

Des affichettes scotchées dans le palais

En l’espace de quinze ans, 2.700 personnes se sont constituées partie civile dans une procédure qui a déjà noirci 120 tomes de papier. Ce mardi, environ 360 d’entre elles avaient récupéré le précieux badge leur permettant de rentrer dans la cour d’appel de Paris ou dans le centre des congrès Pierre Baudis de Toulouse où l’audience est retransmise.

La justice travaille depuis plus d’un an à l’organisation de ce procès-fleuve. Dans le vaste palais de justice de Paris, chose rare, des affichettes ont même été scotchées sur les murs pour indiquer la chambre où se tiennent les débats. « C’est la moindre des choses que l’on doit aux victimes », lâche un des nombreux avocats dans les couloirs.

Pas sûr que cela suffise. « J’ai passé des semaines en psychiatrie. J’ai perdu 80 % de mon audition. Mon appartement a explosé. Je n’ai pas encore été indemnisée. Et maintenant, on me demande de me déplacer ici, à Paris », fulmine Anne-Marie.

La multinationale Total visée par une citation directe

Mais, à toute chose malheur pourrait être bon. C’est en tout cas ce que veut croire Pauline Miranda, présidente de l’association des Sinistrés du 21 septembre 2001. « Le fait d’être à Paris plutôt qu’à Toulouse nous permettra peut-être d’avoir un nouveau regard sur toute cette affaire. »

Un nouveau regard qui devrait, selon elle, porter sur Total. Maison mère de la société Grande Paroisse et de son ancien patron, Serge Biechlin, la multinationale a échappé à toute poursuite pénale jusqu’ici. Les victimes ont donc déposé une citation directe pour que ses représentants rejoignent, à leur tour, le banc des prévenus et répondent de leurs responsabilités dans la catastrophe.

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Une question qui pourrait être abordée dès ce mercredi par Claudine Forkel, la présidente de la chambre. Ce mardi, lors d’une très courte audience, elle s’est contentée de faire l’appel des nombreux avocats et parties civiles présentes. Il lui reste 52 jours d’audience et 187 témoins à entendre avant de rendre justice.