Le pensionnaire d'un centre de déradicalisation mis en examen et écroué

DJIHAD Son admission dans le centre de déradicalisation pose question...

20 Minutes avec AFP

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Beaumont-en-Véron est le premier centre de prévention de la radicalisation en France.
Beaumont-en-Véron est le premier centre de prévention de la radicalisation en France. — V.VANTIGHEM

Mustafa S., 24 ans avait été admis en septembre dans le premier centre de déradicalisation ouvert par le gouvernement en France et situé à à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Vendredi, il a été mis en examen et écroué, soupçonné avec deux autres hommes arrêtés avec lui dans le Bas-Rhin d'avoir voulu se rendre en 2016 en zone irako-syrienne, a-t-on appris samedi de source judiciaire.

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Il a été mis en examen par les juges antiterroristes comme les deux jeunes hommes arrêtés avec lui lundi dans le Bas-Rhin, pour association de malfaiteurs terroriste délictuelle, a indiqué la source judiciaire. Les trois hommes ont été placés en détention provisoire par un juge des libertés et de la détention, comme l'avait requis le parquet de Paris, a précisé la source.

Membre de la filière djihadiste de Strasbourg

Mustafa S. était connu des services antiterroristes et de la justice car il avait fait partie de la filière djihadiste de Strasbourg, un groupe de jeunes hommes originaires du Bas-Rhin qui avaient rallié la zone irako-syrienne en décembre 2013. Parmi eux, Foued Mohamed-Aggad, l'un des kamikazes du Bataclan, et deux autres frères morts en Syrie. En décembre 2013, Mustafa S. n'était pas parti, car sa famille l'avait rattrapé in-extremis, à l'aéroport de Francfort, avaient révélé les investigations.

Son admission dans le centre de déradicalisation pose question car cette structure avait été présentée comme devant accueillir des personnes en voie de radicalisation. «Aucun ne sera sous main de justice pour faits de terrorisme, n'aura tenté d'aller en Syrie ou n'aura été condamné pour des faits de violence», avait assuré le préfet d'Indre-et-Loire Louis Lefranc en septembre.

Les services de renseignement «étonnés»

D'après des sources au ministère de l'Intérieur, son placement avait reçu un «avis favorable» d'une commission locale, mais les services de renseignement s'en étaient «étonnés» après coup. L'enquête le visant avait été lancée par le parquet de Paris en novembre. Avec les deux autres mis en examen, il lui est reproché d'avoir tenté une seconde fois de se rendre en zone irako-syrienne, mais par la route, en mai 2016.

Les trois hommes auraient rebroussé chemin après un contrôle de police sur une aire d'autoroute en Allemagne, un scenario confirmé par Mustafa S. en garde à vue, après son interpellation mardi à Wissembourg (Bas-Rhin), a indiqué une source proche de l'enquête. Selon les informations du Monde, il bénéficiait d'une permission de sortie. Parmi les deux autres suspects, l'un, âgé de 21 ans, est soupçonné, outre ses velléités de départ au printemps 2016, d'avoir effectué un court séjour en Syrie fin 2014. L'autre est un ancien policier municipal de Wissembourg qui avait intégré la police nationale, en tant qu'adjoint de sécurité (ADS), avant d'être renvoyé.

En juillet 2016, sept membres de cette filière, dont Karim Mohamed-Aggad, frère de Foued Mohamed-Aggad, ont été condamnés à des peines de six à neuf ans de prison.