Ce que révèlent les auditions des mineurs entendus dans l’enquête sur Jean-Marc Morandini

EXCLUSIF Blanchi pour les faits de « harcèlement sexuel », Jean-Marc Morandini est encore sous le coup d’une enquête pour « corruption de mineurs » dont « 20 Minutes » révèle les détails…

Vincent Vantighem

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Jean-Marc Morandini en juillet 2016.
Jean-Marc Morandini en juillet 2016. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

La justice a annoncé, ce mercredi, avoir classé l’enquête ouverte à l’encontre de Jean-Marc Morandini pour « harcèlement sexuel » et « travail dissimulé ». Les cinq comédiens qui avaient dénoncé les conditions dans lesquelles ils ont passé des castings pour la websérie Les Faucons n’ont pas subi « de contrainte, de pression ou des menaces », ont estimé les enquêteurs.

>> Les faits: L’enquête pour «harcèlement sexuel» classée

Ces soupçons écartés, l’animateur de télévision n’en a pas pour autant fini avec la justice. Il reste mis en examen dans le cadre d’une enquête pour « corruption de mineurs aggravée » ouverte après les plaintes de deux jeunes hommes qui assurent avoir fait l’objet de propositions sexuelles de sa part alors qu’ils avaient 15 et 16 ans.

« Morandini exerçait sur moi une forme de fascination »

Romuald* est le premier à s’être présenté face aux enquêteurs, le 20 juillet 2016. D’après le dossier judiciaire que 20 Minutes a pu consulter, il raconte que « Morandini exerçait sur [lui] une forme de fascination », en 2013, quand il animait l’émission Vous êtes en direct sur NRJ 12. Suffisamment pour qu’il demande, à l’époque, à ses parents de l’accompagner sur le plateau afin d’assister à l’enregistrement.

C’est peu de temps après que Jean-Marc Morandini se met à le « suivre » sur Twitter, condition indispensable pour pouvoir engager une discussion privée avec lui. « De manière un peu insidieuse, il en est arrivé à me demander quelle était mon orientation sexuelle, explique le jeune homme aux enquêteurs. Après, ça a vraiment dérapé. Il a évoqué la masturbation en me demandant si je me masturbais (…)  Du fait qu’il était extrêmement médiatisé et populaire, j’ai fini par rentrer dans son jeu et par répondre à ses questions. »

« Tu bandes, là ? Mdr »

Ponctuées de nombreux « Mdr » et de « Lol » [Mort de rire], les messages de l’animateur sont explicites. « Tu bandes, là ? Mdr », demande-t-il, par exemple, le 10 mars 2013, en début d’après-midi. Romuald affirmant que « oui », Jean-Marc Morandini répond alors « Hummm ». Quelques heures plus tard, toujours dans cet échange de messages écrits, l’animateur détaille à son interlocuteur le scénario sexuel qu’il fantasme. « Tu t’es mis à genous (sic)… Tu as ouvert ma ceinture. Tu as baissé le pantalon. Tu as dit : j’adore… »

Confronté à cette correspondance lors de sa garde à vue, Jean-Marc Morandini n’a pas nié les faits. « Sur Twitter et sur Facebook, je parle avec beaucoup de monde, je dirais 200 personnes régulièrement. Les gens que je recevais sur mon plateau venaient raconter leur histoire de sexe. Mon public de base aime ça. Du coup, cela arrive dans nos conversations, ce n’est pas un tabou. »

>> Twitter: Guerre de hashtags entre pro et anti Morandini

Les enquêteurs lui rappellent alors que Romuald n’a que 15 ans. « Je me disais qu’il devait avoir 18 ans, répond l’animateur, toujours selon le dossier judiciaire. A un moment donné, il m’a donné [son âge], c’est le moment où j’ai arrêté de parler avec lui de sexe. »

Une affirmation contredite par plusieurs éléments selon Romuald : le jeune homme assure qu’il précisait bien son âge sur son profil Twitter ; qu’il était toujours venu assister aux émissions accompagné de son père et qu’il demandait à Jean-Marc Morandini de faire des pauses dans leurs conversations sur Twitter afin que sa mère puisse lui faire réciter sa leçon d’histoire sur la guerre froide.

>> Justice: Ce qu'il faut savoir sur les enquêtes menées sur Morandini

« Il me regardait comme si j’étais un bonbon »

Cyprien*, lui, n’a jamais été fasciné par Jean-Marc Morandini. Interrogé le 9 septembre 2016 par les enquêteurs, il assure avoir rencontré l’animateur, en 2009, à l’occasion d’un casting pour un remake du film américain Ken Park. Après avoir, dans un premier temps, refusé de se déshabiller, l’adolescent de 16 ans se retrouve finalement entièrement nu devant l’animateur, visiblement insistant, qui le prend en photo.

« Il voulait que je me masturbe devant lui. Il m’a dit que les gens qui avaient déjà passé le casting l’avaient fait et que, si je ne le faisais pas, je n’aurais pas le rôle. Je sentais que son regard avait encore changé. Il me regardait comme si j’étais un bonbon. » Mal à l’aise, Cyprien finit par refuser, rassemble ses affaires et quitte, en pleurs, l’hôtel particulier de l’animateur où se déroule ce casting.

En garde à vue, Jean-Marc Morandini a expliqué qu’il n’avait aucun souvenir de ces événements. Incapable de reconnaître Cyprien sur les photographies que les enquêteurs lui ont présentées, l’animateur a expliqué que, s’il lui avait demandé de se mettre nu, c’est qu’il ne devait pas connaître son âge.

« Je trouve bizarre la façon dont il vous a raconté les faits, se défend-il. Ensuite, la nudité, ce n’est pas un tabou. Dans les pays nordiques, les gens sont nus dans un hammam, un sauna, il n’y a pas de tabou (…) Mais, franchement, ce que vous me dites est surréaliste… »

Morandini devrait être réentendu sur le fond de l’affaire

Surréaliste, mais douloureux pour les deux plaignants. Selon ses déclarations aux enquêteurs, Cyprien a mis beaucoup de temps à reprendre confiance en lui. Victime d’anorexie, il assure qu’il a refusé de se mettre torse nu pendant plus de cinq ans. Romuald, lui, avoue qu’il a toujours « honte » de toute cette histoire et qu’il en souffre. Pour autant, les deux jeunes hommes ont expliqué qu’ils étaient prêts à aller au bout de la procédure judiciaire.

Selon nos informations, les magistrats devraient recevoir, dans les prochaines semaines, le résultat de l’expertise des ordinateurs, téléphones et nombreuses clés USB saisis au domicile de Jean-Marc Morandini. « Ensuite, il devrait être réentendu sur le fond de l’affaire pour s’expliquer une nouvelle fois sur tout ça », précise une source judiciaire.

  • Les prénoms ont été changés