Programme «Respect»: Les prisons font «portes ouvertes»

REPORTAGE L’administration pénitentiaire souhaite développer le régime « Respect » qui offre aux prisonniers des conditions de détention assouplies… « 20 Minutes » s’est rendu au centre pénitentiaire de Beauvais qui l’expérimente depuis un an…

Vincent Vantighem

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Beauvais (Oise), le 11 janvier 2016. Les détenus du module «Respect» ont la clé de leurs cellules.
Beauvais (Oise), le 11 janvier 2016. Les détenus du module «Respect» ont la clé de leurs cellules. — V. VANTIGHEM

A Beauvais (Oise),

Le café passe dans une bouteille en plastique surmontée d’un simple filtre. « J’attends les voisins… », sourit Sylvain*. De l’autre côté du couloir, Thierry passe le balai sur le pas de sa porte. La scène pourrait paraître d’une grande banalité si elle ne se déroulait pas dans le bâtiment MH3 du centre pénitentiaire de Beauvais (Oise). En ce moment, 177 des 582 détenus de cette prison bénéficient, à titre expérimental, d’un régime de détention assouplie, baptisé « Respect »**.

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L’établissement dispose bien de barbelés et d’épais murs d’enceinte. Mais, ici, les portes des cellules restent ouvertes durant la journée. Les prisonniers ont même chacun leur propre clé. « Avant, j’étais enfermé tout seul 22 heures par jour, explique Sylvain. Maintenant, j’ai le sentiment que la détention passe plus vite. Dès qu’on a un coup de blues, on va voir un "collègue" pour parler. Ça apaise. »

La journée, les détenus sont libres de leurs allées et venues dans l'étage qu'ils occupent au MH3.
La journée, les détenus sont libres de leurs allées et venues dans l'étage qu'ils occupent au MH3. - V. VANTIGHEM

Le détenu qui ne fait pas son lit, c’est -1 point

Dans la coursive, le surveillant jette un coup d’œil sur le va-et-vient discret d’une quarantaine de détenus. Certains jouent à la console. D’autres discutent de l’intérêt d’ajouter des champignons à la sauce du repas du midi. « Mais ce n’est pas un centre de vacances, non plus ! » lâche Elodie Blondeau, l’officier chargée du bâtiment.

« A -10 points, le détenu est basculé dans un système de détention classique. Bien sûr, nous pouvons également les exclure à tout moment en cas de grave problème. »

Elodie Blondeau, officier chargée du MH3

Avant d’intégrer le MH3, les détenus signent un contrat. Ils doivent suivre 25 heures d’activités et de formations chaque semaine, participer aux tâches domestiques, se soigner et indemniser leurs victimes. Sans parler du respect dont le programme tire son nom. Un retard à la formation, c’est -1 point. Même tarif pour celui qui ne fait pas son lit le matin… « A -10 points, le détenu est basculé dans un système de détention classique, détaille Elodie Blondeau. Bien sûr, nous pouvons également les exclure à tout moment en cas de grave problème. »

Les règles sont affichées dans les couloirs du MH3.
Les règles sont affichées dans les couloirs du MH3. - V. VANTIGHEM

« On a moins de risques d’être accueillis au couteau ici… »

Jacques veille à ce que ces « graves problèmes » n’arrivent pas. Prisonnier référent du quatrième étage, il baisse le son de la télé pour livrer son sentiment. « Franchement, enlever des points à un mec de 52 ans qui n’a pas fait son lit, c’est infantilisant, tranche-t-il. Mais le système est assez positif. Avant, on était obligés de tambouriner pendant des heures sur la porte de la cellule pour appeler le "maton". Aujourd’hui, on sort et on va le voir directement. Ça évite de péter des câbles. »

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En 2016, selon la direction de l’établissement, le MH3 n’aurait enregistré « que » 80 procédures disciplinaires contre 326 dans les deux autres bâtiments de détention classique. C’est dans l’un d’eux que Jules, 28 ans, a justement commencé sa carrière de surveillant. « Là-bas, c’était prise de tête du matin au soir, se souvient-il. Au MH3, c’est plus calme. On a quand même moins de risques d’être accueillis au couteau quand on entre dans une cellule. » D’autant que les mesures de sécurité n’ont, elles, pas été allégées, comme l’assure Elodie Blondeau. « On continue à sonder les barreaux, à passer les détenus aux portiques et à fouiller leurs cellules. »

Un détenu du module «Respect» s'occupe bénévolement de la distribution des repas.
Un détenu du module «Respect» s'occupe bénévolement de la distribution des repas. - V. VANTIGHEM

Avec en ligne de mire le jour de la libération. « On lutte contre l’oisiveté, résume Christophe Loy, le directeur du centre pénitentiaire. Ce programme doit permettre aux détenus de se prendre en main pour qu’ils réussissent leur sortie. » Même si le dispositif est testé dans cinq prisons aujourd’hui, il est encore trop tôt pour savoir s’il a un réel impact sur le taux de récidive. Mais l’administration pénitentiaire y croit. Elle est en train de rédiger un cahier des charges incitant tous les établissements de France à le mettre en place.

* Tous les prénoms ont été changés

** Inspiré d’une initiative espagnole, le programme « Respect » est accessible en France à tous les prisonniers volontaires qu’ils soient prévenus (en attente de jugement) ou déjà condamnés. « Seuls les détenus particulièrement surveillés (DPS) en raison de leur dangerosité ou du risque d’évasion par exemple sont exclus du dispositif », explique Christophe Loy. Testé à Mont-de-Marsan, Riom, Villepinte, Beauvais et au Neuvic, « Respect » profite aujourd’hui à 847 des 68 432 détenus français (chiffres de janvier 2017).