Qui pourra finalement contrôler ce qui se passe dans les abattoirs?

PROTECTION ANIMALE Une proposition de loi sur le « respect de l’animal en abattoir » a été votée ce jeudi à l’Assemblée et instaure des caméras dans les abattoirs dès le 1er janvier 2018, après une phase d’expérimentation…

Delphine Bancaud

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Une vidéo publiée par l'association L214 le 29 juin 2016, montre un cheval seulement étourdi qui va être abattu.
Une vidéo publiée par l'association L214 le 29 juin 2016, montre un cheval seulement étourdi qui va être abattu. — HO / AFP

Des bovins et des agneaux encore conscients suspendus pour la saignée, des électronarcoses (étourdissement par courant électrique) insuffisantes, des  fœtus de vache jetés à la poubelle… Les vidéos chocs diffusées tout au long de l’année 2016 par l’association de protection animale L214 ont eu un tel retentissement, que les députés ont voté ce jeudi soir un contrôle de ce qui se passe dans les abattoirs. La proposition de loi sur le « respect de l’animal en abattoir » a été votée en première lecture ce jeudi à l’Assemblée nationale. Elle instaure notamment la présence de caméras de surveillance dans les abattoirs. 20 Minutes récapitule qui pourra finalement garder un œil sur ce qui se passe dans les abattoirs.

Les services d’inspection vétérinaires 

L’article 3 du texte de loi impose, dans les abattoirs de boucherie de plus de 50 salariés, la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de mise à mort et, en dessous de ce seuil, renforcer leur présence à ces postes. Afin de remédier, au nombre insuffisant d’inspecteurs vétérinaires, le texte de loi instaure de caméras de surveillance à chaque poste d’abattage. Cette mesure a été vivement critiquée, notamment par les salariés qui ont peur d’être fliqués via ces images.

Mais le député divers gauche, Olivier Falorni, auteur de la PPL a assuré que ce ne serait pas le cas, « puisque la direction de l’établissement n’est pas destinataire des images », a-t-il assuré. Les socialistes étaient pourtant opposés à ce que l’installation de caméras dans les zones où les animaux vivants sont manipulé, soit obligatoire. Ils se sont finalement ralliés à la PPL en mettant néanmoins en place une phase d’expérimentation. Celle-ci devra permettre « d’évaluer l’opportunité et les conditions de la mise en place » des caméras. Le texte de loi prévoit que le responsable de protection animale désigné dans chaque abattoir (un salarié) puisse aussi avoir aussi accès aux images des vidéos.

Les responsables d’associations de protection animale 

L’article 2 prévoit « d’instituer auprès de chaque abattoir un comité local de suivi de site, réunissant les élus locaux, les exploitants d’abattoirs, les éleveurs, les services vétérinaires, les bouchers, les associations de protection animale, les associations de consommateurs et les représentants religieux dans la mesure où il est pratiqué un abattage rituel ». Un moyen pour les associations de protection animale d’agir en cas de problème.

Mais les responsables d’associations de protection animale n’auront pas accès aux images de surveillance des abattoirs, « alors qu’elles devraient être publiques », estime Brigitte Gothière, de l’association L214.

Mais pas les parlementaires

L’article 5 de la proposition de loi prévoyait d’autoriser les parlementaires à visiter les établissements d’abattage français de façon inopinée. Mais cet article a été supprimé le 14 décembre 2016, par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Certains députés craignaient que les parlementaires se transformer en « inspecteurs ». « C’est dire le poids des lobbys », commente Brigitte Gothière.

Pour Olivier Falorni, le fait d’inscrire cette disposition dans la loi aurait pourtant permis que les parlementaires ne se voient pas interdire les portes d’un abattoir. « L’Etat est obligatoirement présent dans tous les abattoirs de France, qu’ils soient privés ou publics, car une chaîne d’abattage est interdite de fonctionner en l’absence d’un représentant de l’inspection des services vétérinaires », a-t-il indiqué dans une interview à 30millionsdamis.fr. Mais l’affaire n’est pas finie car Olibier Falorni a réintroduit un amendement sur le droit de visite des parlementaires dans les abattoirs.

Mais pas les journalistes

L’article 5 de la PPL voulait permettre à des journalistes d’accompagner les parlementaires à visiter les établissements d’abattage français de façon inopinée. Mais il a été supprimé en décembre. Exit donc la transparence auprès des journalistes. Certains y voyaient le risque « d’un cirque médiatique ».