Prisons : Vers la mise à disposition de seringues pour les détenus toxicomanes ?

DETENTION Un projet de décret est à l’étude pour permettre aux détenus toxicomanes de bénéficier de seringues pour consommer des stupéfiants « à moindre risque » en détention…

Vincent Vantighem
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Le centre pénitentiaire des Baumettes (Marseille) expérimente la mise à disposition de seringues auprès de certains détenus toxicomanes.
Le centre pénitentiaire des Baumettes (Marseille) expérimente la mise à disposition de seringues auprès de certains détenus toxicomanes. — BERTRAND LANGLOIS / POOL / AFP

« Ne donnons pas le bâton pour nous faire battre ! » Comme FO Pénitentiaire, la CGT est vent debout, depuis le 4 janvier, contre un projet de décret qui envisage la mise à disposition de seringues auprès de détenus toxicomanes afin de leur permettre une « consommation [de stupéfiants] à moindre risque ».

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A l’image du débat très vif accompagnant l’ouverture, en octobre, de la première « salle de shoot » à Paris, les discussions en cours se cristallisent sur la nécessité de soigner les détenus au sein même des prisons tout en assurant la sécurité des agents pénitentiaires y travaillant. Explications…

  • Que prévoit exactement ce projet de décret ?

Le décret est censé permettre l’application de la « Loi de modernisation de notre système de santé » du 26 janvier 2016. Et notamment de son article 41. « La politique de réduction des risques et des dommages [des usagers de drogue] s’applique également aux personnes détenues, selon des modalités adaptées au milieu carcéral », indique celui-ci.

Extrait de la Loi de modernisation du système de santé.
Extrait de la Loi de modernisation du système de santé. - LEGIFRANCE

Le Conseil d’Etat planche donc actuellement sur la rédaction d’un décret qui pourrait permettre aux détenus toxicomanes de pouvoir bénéficier de seringues afin de consommer « à moindre risque » des produits, même durant leur détention. Un préalable à la mise en place d’une politique sanitaire permettant à chaque toxicomane d’entamer un parcours de sortie de la dépendance. Une fois rédigé et validé, il faut encore que ce décret soit publié au Journal officiel pour qu’il soit appliqué.

  • Quelles seraient les conditions pour qu’un détenu en bénéficie ?

Le projet de décret est encore en cours de rédaction et donc susceptible de modifications. Mais, selon les premiers éléments transmis aux organisations syndicales, il prévoirait la mise à disposition de seringues à un détenu occupant une cellule individuelle, dans un établissement n’étant pas en situation de surpopulation carcérale et après un accord du directeur de cet établissement.

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Pourquoi les syndicats y sont-ils opposés ?

« On marche sur la tête », s’étrangle Emmanuel Gauthrin, secrétaire général de FO Pénitentiaire. Selon lui, la mise à disposition de telles seringues présente des risques pour les personnels surveillants. « Des risques de transmissions de maladies d’abord, décrit-il. Et surtout que les détenus transforment les seringues en armes. Que fera-t-on le jour où il y aura une prise d’otage à l’aide d’une seringue ? »

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Opposé également, Christopher Dorangeville, de la CGT Pénitentiaire, est toutefois un peu plus nuancé. « Du point de vue sanitaire, c’est une avancée, indique-t-il. Mais je crains que cela ne soit dangereux pour le personnel. Sans parler du risque de trafic de seringues qui pourrait ainsi voir le jour. »

  • Y a-t-il beaucoup de détenus usagers des drogues dures ?

Si le cannabis circule énormément en prison (lire ici et notamment), il n’en est pas de même pour les drogues plus dures. « Certains parviennent à faire entrer des téléphones en détention. D’autres, moins nombreux, du crack, de l’héroïne, de la cocaïne… », assure Christopher Dorangeville.

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Le projet de décret vise donc aussi à éviter que ces détenus se confectionnent eux-mêmes des seringues artisanales. Une pratique jugée « marginale mais extrêmement dangereuse » par une source proche de l’administration pénitentiaire. « Il faut reconnaître qu’il n’y a que quelques cas », poursuit Emmanuel Gauthrin.

  • A quelle échéance ce projet pourrait-il voir le jour ?

Il y a encore beaucoup d’étapes à franchir. Le projet de décret n’est encore qu’en cours de rédaction au Conseil d’Etat. Il doit ensuite être validé avant sa publication officielle. Présenté aux organisations syndicales, mercredi 4 janvier, il doit encore faire l’objet de nombreuses discussions.

En parallèle, une expérimentation sur le sujet est actuellement menée au centre pénitentiaire des Baumettes, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Contactée par 20 Minutes, l’administration pénitentiaire refuse de communiquer sur le sujet avant les résultats définitifs. Mais son principe semble assez simple à appréhender : qu’un toxicomane entrant en prison ne le soit plus le jour où il sort…