Démission de prof stagiaire: «Si j’avais continué, j’aurais pété un câble»

TEMOIGNAGE Alors que le nombre de démissions de profs stagiaires a triplé dans le primaire en quatre ans, « 20 Minutes » a recueilli les confidences de Samuel, qui a fait ce choix de quitter l'Education nationale…

Delphine Bancaud

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Illustration  pour démission
Illustration pour démission — Pexels/Pixabay

A peine entré dans le métier de professeur des écoles, Samuel s’apprête déjà à le quitter. Un cas pas franchement isolé car le nombre de démissions d’enseignants stagiaires a triplé dans le primaire et doublé dans le secondaire en quatre ans, comme l’indique un récent rapport sénatorial sur le budget de l’Éducation nationale.

L’avenir professionnel de Samuel s’avérait pourtant radieux. Titulaire d’un master en sociologie politique, il réussit le concours de professeurs des écoles du premier coup. « J’étais ravi car j’avais très envie de travailler au contact des enfants », raconte-t-il à 20 minutes. Mais c’est une fois confronté à la réalité du métier, qu’il déchante. Affecté à la  rentrée 2016 en tant que professeur stagiaire dans une école primaire à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) à 400 kilomètres de sa région d’origine, le jeune homme de 27 ans est chargé d’enseigner à mi-temps dans une classe de CM2, tout en poursuivant en parallèle sa formation dans une Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE). « Le problème, c’est que je n’avais pas été formé à la tenue de classe et que je n’avais pas de tuteur. Je me suis donc retrouvé tout seul devant une classe de 25 élèves, ce qui s’apparentait à un saut dans le vide, même si j’avais bien préparé mes cours au préalable », confie-t-il. « J’étais très stressé et peut-être mes élèves l’ont-ils ressenti, car ils étaient très agités », se souvient-il.

« On ne m’a pas laissé le temps de m’améliorer »

Samuel commet aussi la bourde de laisser un élève sortir seul de la classe pour aller tout seul aux toilettes. « Mais je ne savais pas qu’il ne fallait pas l’autoriser », se justifie-t-il. Il demande conseils à la directrice de l’école, qui assure la classe l’autre mi-temps, mais ne reçoit pas beaucoup de soutien. « Au lieu de m’encourager, elle m’a dit dès le premier jour que je n’étais pas fait pour ce métier et a déclaré que j’avais "une mauvaise hygiène de vie" », se souvient-il. Il reçoit une visite d’une conseillère de l’inspection qui constate ses problèmes de gestion de classe, mais le pousse à persévérer.

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« Au bout de trois semaines, on m’a envoyé dans un autre établissement dans une classe de CM1. Là ça s’est mieux passé car j’étais avec une autre enseignante, qui m’a fait des retours plutôt positifs », poursuit-il. Mais au bout d’un mois, Samuel est à nouveau envoyé dans un autre établissement d’Aulnay-sous-Bois, en classe de CE1. « J’ai fait classe pendant trois semaines sans avoir aucun retour de ma directrice. J’ai encore eu des visites de l’inspection, qui a noté mes progrès, mais ce n’a pas suffi », raconte-t-il. Car peu de temps après, Samuel est convoqué au rectorat. « J’ai passé les 10 pires minutes de ma vie car l’inspectrice n’a eu de cesse de me critiquer. J’étais certes loin d’être parfait dans ma pratique, mais on ne m’a pas laissé le temps de m’améliorer », regrette-t-il.

« J’avais l’impression d’être nul »

Une impression d’échec qu’il ne peut supporter et qui le pousse à se mettre en arrêt maladie avant les vacances de Noël. Il n’est pas retourné travailler depuis et a pris une décision radicale. « J’ai décidé de démissionner car si j’avais continué, j’aurais pété un câble. J’avais l’impression d’être nul, malgré le fait que je me sentais bien avec les enfants », confie-t-il. « Ce qui est très regrettable, c’est qu’avec davantage d’aide, j’aurais persévéré au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire pour déterminer si j’étais vraiment fait pour ce métier ou non. La grande mode de la bienveillance dans l’Education nationale, je ne l’ai pas ressenti envers moi », déplore-t-il. Dans cette épreuve, Samuel a heureusement bénéficié du soutien de sa famille, qui le pousse à regarder vers l’avenir avec optimisme. Il attend donc la fin de son préavis de démission, pour partir vers une autre voie. « Je vais prendre des petits jobs avant de trouver un travail plus en rapport avec mon diplôme d’origine », annonce-t-il avec regret.