Journée mondiale de l’orgasme: «Pour atteindre l’orgasme, les femmes doivent entrer en amitié avec leur sexe»

INTERVIEW Le sexothérapeute Alain Héril conseille aux femmes qui ont du mal à atteindre l’orgasme de découvrir leur anatomie…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Une exposition à Londres en 2007 montrant des personnes ayant un orgasme.
Une exposition à Londres en 2007 montrant des personnes ayant un orgasme. — CARL DE SOUZA/AFP

Les Françaises vont-elles avoir envie de fêter, ce 21 décembre, la Journée mondiale de l’orgasme ? D’après une étude de l’Ifop publiée en décembre 2015, une femme française sur deux a régulièrement du mal à atteindre l’orgasme. Pour le sexothérapeute Alain Héril, ce n’est pas une fatalité et les femmes peuvent prendre leur plaisir en mains.

Avoir un orgasme, est-ce que ça s’apprend ?

Il faut bien distinguer l’orgasme féminin de l’orgasme masculin, qui est plus instinctif et mécanique. Chez les femmes, l’orgasme est plus émotionnel, car on a observé qu’il y avait un lien fort entre l’orgasme et le système limbique, le siège des émotions dans le cerveau. On continue donc de dire que l’orgasme féminin s’apprend car sa composante émotionnelle et psychologique est plus importante que chez l’homme.

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Que peuvent faire les femmes qui ont du mal à avoir des orgasmes ?

Le plus important est l’apprentissage solitaire. Une femme qui a des difficultés d’accès à l’orgasme avec quelqu’un aura souvent moins de difficultés seule. Elle peut ainsi mettre en place une connaissance de son corps et de son intimité. On n’imagine pas le nombre de femmes qui n’ont jamais vu leur sexe ou qui ont un rapport difficile et honteux avec cette partie de leur corps. Or, pour atteindre l’orgasme, les femmes doivent entrer en amitié avec leur sexe, l’apprivoiser.

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Y a-t-il des exercices pratiques à faire ?

Le périnée est fondamental, aussi bien chez la femme que chez l’homme. Tous les muscles du périnée entrent en jeu dans la situation orgasmique. Si la femme a un périnée trop relâché, elle pourra faire 10 ans de psychanalyse, ça ne réglera pas le problème. L’éducation périnéale se fait avec des exercices simples de contraction du périnée, qui peuvent se faire partout, même dans le métro !

Les sextoys peuvent-ils aussi permettre d’apprendre à jouir ?

L’utilisation de sextoys peut aider. Bien sûr, ça ne remplace pas une sexualité relationnelle mais ils peuvent aider à mieux se connaître, à expérimenter des choses. Certains, comme les boules de geisha qui aident à faire travailler le périnée, ont même une fonction thérapeutique.

Quelle est la part de la psychologie dans les problèmes d’accès à l’orgasme ?

C’est complexe car l’orgasme est lié au terrain émotionnel. Pour avoir un orgasme, il faut accepter de ressentir des émotions très variées et de les exprimer. Si vous regarder le visage d’une femme pendant l’orgasme au ralenti, vous voyez que tout un panel d’expressions s’y retrouve. Avec mes patientes, je cherche à savoir si elles connaissent leur périnée et leur sexe avant de chercher des explications psychologiques. Le corps est investi dans la sexualité donc il faut déjà explorer ce terrain-là.

Une femme qui a du mal à avoir des orgasmes peut-elle espérer trouver rapidement une solution ?

Le plus souvent, ces problèmes finissent par se régler. Les cas les plus difficiles que j’ai vus chez mes patientes sont les cas de vaginisme, c’est-à-dire de contraction systématique des muscles du vagin, qui sont le plus souvent la conséquence d’abus sexuels qu’elles ont subis. Hormis ces cas complexes, il ne faut pas perdre l’espoir et les femmes doivent garder à l’esprit que les orgasmes les plus puissants arrivent après l’âge de 40 ans. Plus on avance en âge, plus on a la possibilité d’ouvrir son champ de perception et de sensations. La vie orgasmique évolue et s’il y a bien une chose qui ne meurt pas c’est le désir, qui est la clé pour entrer dans le monde de l’orgasme.