Nicolas Moreau, de marin pêcheur nantais à djihadiste-restaurateur à Raqqa

JUSTICE Le frère de Flavien Moreau était jugé ce mercredi à Paris pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste…

Florence Floux

— 

Illustration Palais de justice à Paris.
Illustration Palais de justice à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Nicolas Moreau a laissé libre cours à son franc-parler ce mercredi, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Jugé pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, le frère de Flavien Moreau, condamné à sept ans de prison pour djihadisme, s’est souvent révélé son pire ennemi.

>> A lire aussi : Déception, conditions de vie... Pourquoi les djihadistes décident de rentrer en France

Dès le début de l’audience, lorsque le président du tribunal a retracé son itinéraire, le prévenu de 32 ans n’a pas pu se retenir. Interrogé sur les raisons qui lui ont fait abandonner le métier de marin pêcheur, cet habitant de la région nantaise a indiqué que c’était-là l’œuvre d’une juge qui lui a interdit de pratiquer cette profession. « Je lui ai dit qu’elle devait avoir des problèmes sexuels, et elle n’a pas aimé, elle me l’a fait payer. »

Adoption, racisme et condamnations

Voûté, les mains jointes dans le dos, les cheveux attachés en une minuscule queue de cheval, Nicolas Moreau ne dit presque pas un mot de son adoption à l’âge de 4 ans par un couple de Français venu les chercher lui et son frère en Corée du Sud. Il se révèle un peu plus dissert sur le racisme anti-Asiatiques qu’il raconte avoir subi en France et dans les rangs de l’Etat islamique (EI). « J’ai eu quelques petits soucis. Je n’accepte pas de me laisser marcher sur les pieds. »

>> A lire aussi : Comment l’Etat se prépare au retour de djihadistes français

En témoigne son casier judiciaire, qui fait état de 14 condamnations pour outrage, violence… A sa sortie de prison en octobre 2013, il va vivre quelques semaines chez son père avant d'« habiter un peu partout ». Nicolas Moreau, qui s’est converti à l’islam en détention en 2008, ne se « voit plus d’avenir en France ». Sensible à la cause syrienne, il décide de partir faire le djihad pour combattre Bachar al-Assad.

Un resto à Raqqa

Après trois mois dans un premier groupe djihadiste, il rejoint les rangs de Daesh. « J’ai combattu avec l’EI, mais pas contre la France ou les Etats-Unis », se justifie-t-il. Le jeune homme demande ensuite l’autorisation à l’EI d’ouvrir un restaurant à Raqqa : « Là-bas, la vie est moins chère. Pour quelques milliers d’euros, vous avez un resto. »

Mais l’aventure tourne court. Il se porte alors volontaire pour une mission « inghimasi » en Irak, c’est-à-dire une attaque de l’ennemi avec une ceinture d’explosifs autour de la taille que le djihadiste peut actionner « au cas où ». La mission se révèle plutôt décevante. De son propre aveu, il réalise « qu’il y a beaucoup de problèmes chez Daesh : la torture, de grossières erreurs sur les croyances ».

Détenu en France et policier en Syrie

L’ancien marin pêcheur raconte qu’il commence alors à envisager un retour en France. Après un séjour dans les geôles de Daesh, il explique qu’on lui propose de devenir policier : « C’était amusant, moi qui avais tellement de problèmes avec la police en France. »

Devant les questions que pose son retour en France, le prévenu s’agace et clame que c’est lui qui a voulu quitter la Syrie, que ce n’est pas Daesh qui l’a missionné pour rentrer en France. « Si à l’heure actuelle vous n’avez toujours pas compris que je suis foncièrement anti-Daesh, c’est qu’il y a un problème d’intelligence et de déduction » s’emporte-t-il.

Des zones d’ombre 

Nicolas Moreau se dit menacé en détention par le groupe terroriste en raison des révélations qu’il a faites aux enquêteurs de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en garde à vue. Pour cette même raison, il ne souhaite pas entrer dans certains détails devant le tribunal. Quitte à laisser des questions en suspens : comment un simple combattant étranger pouvait-il avoir des informations sur Abdelhamid Abaaoud ou Mohamed Abrini, impliqués dans les attentats du 13 novembre ?

Quoi qu’il advienne, Nicolas Moreau prévient le tribunal : « Si on me libère dans les jours qui viennent, je déposerai les armes, trouverai une épouse, pour travailler dans la restauration ou la pêche. Si vous me mettez une peine plus conséquente, je reprendrai les armes, mais pas contre la France. J’ai déjà fait 18 mois de prison, c’est cher payé. J’ai enfreint la loi, certes, mais il n’y a eu aucun préjudice. »

Le parquet a requis dix ans de prison. La décision a été mise en délibéré au 2 janvier.