Procès Lagarde: Un ancien cador de Bercy règle ses comptes et met en cause «l’appareil d’Etat»

JUSTICE Bruno Bézard a accusé la toute puissante technocratie du ministère des Finances…

20 Minutes avec AFP

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Christine Lagarde est jugée devant la Cour de justice de la République pour son rôle dans l'affaire de «l'arbitrage Tapie».
Christine Lagarde est jugée devant la Cour de justice de la République pour son rôle dans l'affaire de «l'arbitrage Tapie». — JIM WATSON / AFP

On attendait Stéphane Richard, l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde, mais c’est finalement un autre ancien cador de Bercy, Bruno Bézard, qui a marqué ce mercredi le procès de l’ex-ministre, en accablant la gestion de l’affaire Tapie par tout « l’appareil d’Etat ».

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Avec Bruno Bézard, c’est toute la puissante technocratie du ministère des Finances qui s’est invitée à la barre. Ancien major de l’ENA, cet homme à l’intelligence redoutable et aux colères redoutées a passé 28 ans à Bercy jusqu’au poste plus prestigieux, celui de directeur général du Trésor, auquel il a été nommé sous le quinquennat Hollande. Il a vu passer 13 ministres.

L’arbitrage était « une libéralité qui n’avait aucune justification »

En 2007 et 2008, lorsque se noue l’arbitrage frauduleux, il dirige l’Agence des participations de l’Etat (APE), en charge des « intérêts patrimoniaux » de la puissance publique. Cette agence s’oppose alors fermement, et vainement, à ce que l’Etat abandonne la voie judiciaire classique pour régler un vieux contentieux entre Bernard Tapie et l’ancienne banque publique Crédit Lyonnais.

L’arbitrage était « une libéralité qui n’avait aucune justification », un choix « extrêmement dangereux » et « la pire des solutions », dit Bruno Bézard, qui travaille aujourd’hui pour un fonds d’investissement franco-chinois. Mais à l’époque, ses notes pour la ministre peinent à passer le filtre du cabinet dirigé par Stéphane Richard. Bruno Bézard n’est pas invité à plusieurs réunions décisives.

Une « bonne partie de l’appareil d’Etat allait dans ce sens »

L’ex-haut fonctionnaire n’en a pas seulement après la patronne du Fonds monétaire international (FMI). Il assure qu’elle n’était même pas au courant des dernières manipulations de la procédure d’arbitrage, qui ont permis à Bernard Tapie de toucher un pharaonique « préjudice moral » (45 millions d’euros).

A entendre Bruno Bézard, si l’arbitrage, aujourd’hui soupçonné d’être un colossal détournement de fonds, a été décidé, c’est parce qu’une « bonne partie de l’appareil d’Etat allait dans ce sens ». Il précise : « Les membres du gouvernement, Matignon, la présidence de la République » et leurs proches conseillers. En 2007 et 2008, François Fillon était Premier ministre et Nicolas Sarkozy chef de l’Etat.