Dassault, Thévenoud, Balkany, Sarkozy… Après la condamnation de Jérôme Cahuzac, à qui le tour?

JUSTICE L'ancien ministre du Budget a été condamné à trois ans de prison ferme pour « fraude fiscale », ce jeudi, par le tribunal correctionnel de Paris…

Vincent Vantighem (avec H.S)

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Jérôme Cahuzac tente de sortir du tribunal de Paris qui l'a condamné à trois ans de prison ferme pour «fraude fiscale».
Jérôme Cahuzac tente de sortir du tribunal de Paris qui l'a condamné à trois ans de prison ferme pour «fraude fiscale». — PHILIPPE LOPEZ / AFP

Il a d’abord regardé ses chaussures. Puis, le plafond. Enfin, Jérôme Cahuzac s’est rassis. Comme sonné. Hébété. L’ancien ministre du Budget a été condamné, ce jeudi, à une peine « non aménageable » de trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité par le tribunal correctionnel de Paris qui le jugeait pour « fraude fiscale ».

>> Les faits: Condamné à trois ans ferme, Jérôme Cahuzac fait appel

Estimant cette sanction « pas véritablement adaptée », Jean Veil, son avocat, a rapidement indiqué qu’il allait faire appel du jugement, repoussant « l’inquiétude » de son client à séjourner derrière les barreaux au moins jusqu’à l’échéance d’un nouveau procès. Une « inquiétude » légitime : si sa peine est confirmée en appel, Jérôme Cahuzac serait le premier ministre à dormir en prison depuis Alain Carignon, Jacques Médecin ou Bernard Tapie dans les années 1990.

« Monsieur Cahuzac incarnait la politique fiscale de la France »

Autre temps, autres mœurs ? « Non. La peine de Jérôme Cahuzac est logique au vu de la gravité des faits commis et surtout de l’exemple qu’il incarnait », décrypte simplement une source judiciaire. A l’heure de prononcer son jugement, Peimane Ghaleh-Marzban, le président du tribunal, n’a d’ailleurs pas dit autre chose : « Monsieur Cahuzac incarnait la politique fiscale de la France »

C’est également ce que retient Charles de Courson, député (UDI) de la Marne, et président de la commission d’enquête parlementaire sur le sujet. « S’il avait voulu conforter le sentiment chez les citoyens que tous les politiques sont corrompus, il ne s’y serait pas pris autrement, lâche-t-il. Il a été pris la main dans son propre sac ! »

Jérôme Cahuzac ne serait donc que l’instrument ayant conduit à sa propre perte ? D’une certaine manière, oui. Désignant la finance comme son « ennemi », François Hollande et son gouvernement ont intensifié la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale depuis 2012. « Les fraudeurs ne pourront plus échapper très longtemps à la sanction », claironnaient Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici après l’adoption d’un projet de loi en novembre 2013.

D’autant que Jérôme Cahuzac et son ex-femme, Patricia, ne sont pas des fraudeurs ordinaires. « Avec un patrimoine dissimulé au fisc estimé à 3,5 millions d’euros, ils font partie des 10 % des plus gros fraudeurs de France », a insisté le parquet national financier dans ses réquisitions. A titre de comparaison, un homme – bien moins médiatique – ayant dissimulé un million d’euros au fisc a été condamné à un an de prison ferme en septembre.

Plus de dossiers que de jours d’audiences au tribunal

Créé spécialement après la révélation du scandale Cahuzac, le parquet national financier voit d’ailleurs les dossiers s’accumuler sur ses bureaux de la rue des Italiens (Paris, 8e). Pour 2017, il y a déjà plus d’affaires que de jours d’audience prévus au tribunal de Paris pour les examiner. Et la condamnation de Jérôme Cahuzac n’est pas de nature à rassurer ceux qui doivent lui succéder sur le banc des prévenus de la 32e chambre du palais de justice.

« Je pense que cette condamnation est un vrai signal pour tous les élus qui ont commis des faits répréhensibles, poursuit Charles de Courson. Les gens pensent souvent que la justice est dure avec les faibles et faibles avec les durs. Le tribunal a montré, ce matin, que ce n’était pas le cas. C’est très bien pour l’avenir. »

L’avenir proche même. Des dates d’audience ont déjà été prévues pour l’industriel Serge Dassault le marchand d’art Guy Wildenstein ou encore le député (PS) Thomas Thévenoud. Sans parler des époux Balkany visés par une enquête quasiment bouclée, selon nos informations, ou encore de Nicolas Sarkozy mis en examen pour « corruption » dans l’affaire dite « des écoutes ».

>> Nicolas Sarkozy pourrait être jugé pour « corruption » en 2017