Etude Pisa: Pourquoi l'école française demeure-t-elle la championne des inégalités scolaires?

EDUCATION L'étude de l'OCDE montre que les origines sociales pèsent plus en France sur la réussite scolaire que dans les autres pays de l'OCDE...

Delphine Bancaud

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Des enfants dans la cour d'une école élémentaire à Paris.
Des enfants dans la cour d'une école élémentaire à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

L’égalité invoquée dans la devise de la France est une promesse non tenue à l’école. C’est ce que prouve à nouveau l’édition 2015 de l’ étude Pisa de l’OCDE*, publiée ce mardi. Cette enquête triennale réalisée dans 72 pays, mesure les compétences des élèves de 15 ans dans trois domaines : les sciences (compétences évaluées en profondeur dans l’étude 2016), les mathématiques et la compréhension de l’écrit. Un baromètre pour le système éducatif français, qui sert aussi d’outil de pilotage pour les ministres de l’Education nationale.

Et le cru 2015 devrait encore donner du grain à moudre au successeur de Najat Vallaud-Belkacem dans quelques mois. Car Pisa montre que les écarts de niveaux entre les « bons » et les « mauvais » élèves sont toujours aussi forts et que la France n’a pas réussi à réduire ces inégalités scolaires depuis trois ans.

Les élèves les plus pauvres, les plus en difficultés

Concernant les performances des élèves français en sciences, si celles-ci sont stables depuis 2006 et dans la moyenne des pays de l’OCDE, « on reste dans un système dichotomique avec 29 % d’élèves performants et 22 % d’élèves en difficulté en 2015. Ce qui est inquiétant », souligne Gabriela Ramos, directrice du cabinet de l’OCDE. En mathématiques, la France se situe aussi juste au niveau de la moyenne des pays de l’OCDE, mais le pourcentage d’élèves en difficulté a connu une nouvelle augmentation et se situe à 24 % (contre 22 % en 2012). Et 32 % des élèves sont qualifiés de performants. En compréhension à l’écrit, les petits Français ont fait des progrès par rapport en 2009. Ce qui place la France au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE dans ce domaine. Mais là encore, les écarts de niveaux se font sentir, un tiers des élèves étant performants et 21 % d’élèves étant en difficulté.

Ces écarts de niveaux sont d’autant plus inquiétants qu’ils sont corrélés au milieu socio-économique des élèves. « Les élèves des milieux défavorisés ont quatre fois plus de chance de faire partie des élèves en difficulté scolaire », observe Gabriela Ramos. Selon l’étude Pisa, en France, le milieu socio-économique explique plus de 20 % de la performance obtenue par les élèves de 15 ans contre 13 % pour la moyenne des pays de l’OCDE. Des données pas étonnantes quand on observe l’absence de mixité de certains établissements. Et le système scolaire est encore plus discriminant pour les enfants d’immigrés qui sont plus nombreux à se retrouver parmi les élèves à la peine à l’école.

Les mesures qu’il faudrait prendre pour réduire les inégalités

Des résultats qu’il est difficile d’imputer uniquement à la politique menée par le gouvernement Hollande depuis 2012, les élèves ayant été évalués en 2015. « Il est encore trop tôt pour évaluer les effets de certaines réformes, comme la mise en place des Ecoles supérieures du professorat, l’augmentation de la préscolarisation à l’âge de 2 ans dans les zones sensibles, la réforme des programmes… », explique Eric Charbonnier, analyste des politiques de l’éducation à l’OCDE. Reste que ces inégalités scolaires sont bien le résultat de plusieurs décennies de politiques éducatives de tous bords. « Ce n’est pas un problème de droite ou de gauche. Ces inégalités scolaires tiennent au fait que l’on n’a pas investi massivement dans le primaire pendant longtemps, ni dans une formation continue de haut niveau pour aider les enseignants à mettre en œuvre une pédagogie différenciée », estime ainsi Nathalie Mons, présidente du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire). Par ailleurs, « en France, on fait beaucoup de réformes, mais elles ne sont pas mises en place de façon homogène sur le territoire », souligne Gabriela Ramos. « Et ce ne sont pas les enseignants les plus expérimentés qui sont envoyés dans les établissements les plus défavorisés », souligne également Eric Charbonnier.

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Pourtant, il n’existe pas de fatalité dans ce domaine et certains pays ont réussi à sensiblement réduire les inégalités scolaires. « Dans certains pays, les politiques éducatives sont pensées dans la continuité pendant trente ans et portent leurs fruits. Au Japon par exemple, on a mis en œuvre durablement une pédagogie différenciée qui permet aux élèves d’être répartis par groupes de niveaux et d’apprendre à leur rythme. Et des maîtres spécialisés viennent en aide aux professeurs des écoles lorsqu’un élève éprouve des difficultés dans certaines matières », indique Nathalie Mons. « Les pays qui réussissent ont misé sur la réduction de l’échec scolaire dès le primaire. Car les difficultés s’accentuent au fur et à mesure de la scolarité. Et si l’on permet à une majorité d’enfants d’avoir un meilleur niveau général dès le primaire, cela a un impact sur toutes les matières », poursuit Eric Charbonnier. Dans cette logique, l’OCDE préconise de poursuivre la politique de scolarisation des enfants de deux ans issus de milieux défavorisés, de renforcer la formation continue des enseignants pour mettre en œuvre des pédagogies adaptées aux élèves en difficulté et d’affecter les profs les plus aguerris dans les établissements les plus difficiles. Mais ces recommandations seront-elles mises en oeuvre par le prochain ministre de l’Education?

*En France, 6.000 jeunes de 15 ans ont participé à l'étude Pisa 2016 et 70 % d'entre eux étaient en seconde.