VIDÉO. Attentats de novembre: Témoin clé sur Abaaoud, «Sonia a cessé d'exister légalement»

TERRORISME Depuis un an, Sonia, qui a permis aux autorités d’identifier et de neutraliser Abdelhamid Abaaoud, est privée de son identité. Un décret devrait être publié dans les semaines à venir pour régulariser sa situation...

Helene Sergent

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Un corps retiré des décombres après l'assaut dans lequel Hasna Aitboulahcen et Abdelhamid Abaaoud ont été tué le 18 novembre 2015 à Saint-Denis
Un corps retiré des décombres après l'assaut dans lequel Hasna Aitboulahcen et Abdelhamid Abaaoud ont été tué le 18 novembre 2015 à Saint-Denis — ERIC FEFERBERG AFP

« J’erre entre deux mondes qui ne doivent plus s’approcher et que je mélange pourtant. Je ne suis plus personne. Je suis celle qui a prévenu la police qu’un des terroristes les plus recherchés d’Europe avait préparé et participé aux attentats les plus meurtriers de France. » C’est par ces mots que démarre le récit de Sonia*, intitulé Témoin (Ed. Robert Laffont), publié le 3 novembre  avec l’aide de la journaliste Claire Andrieux.

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Ce jeudi soir, l’émission Envoyé Spécial diffuse une interview de celle qui a permis aux autorités de localiser  Abdelhamid Abaaoud et  son complice Chakib Akrouh le 16 novembre 2015 à Saint-Denis, évitant ainsi un nouvel attentat prévu les jours suivants dans le quartier de la Défense. Plus d’un an après les attaques qui ont causé la mort de 130 personnes, l’existence de Sonia et celle de ses proches ont été profondément bouleversées. Comment la loi a-t-elle évolué pour protéger ce témoin unique ? 20 Minutes fait le point.

Des informations sensibles divulguées

Le rôle crucial endossé par Sonia a rapidement été relaté dans la presse. Le journal conservateur Valeurs Actuelles a été le premier à publier, quinze jours après les attentats, des extraits édifiants du procès-verbal contenant son témoignage. Et les fuites auraient été nombreuses. L’hebdomadaire Le Point expliquait en février que le nom et l’adresse de ce témoin figuraient dans le PV et, pire, que certains fonctionnaires de police les auraient communiqués à Jawad Bendaoud, l’hébergeur d’Abaaoud, et à leur intermédiaire, lors de leurs interrogatoires respectifs.

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Samia Maktouf, avocate de Sonia et de nombreuses familles de victimes de terrorisme, ajoute : « Imaginez, il y a dans cette affaire près de 1 600 parties civiles. Certains mis en examen ont pu avoir accès à certaines informations la concernant et figurant dans le dossier d’instruction. Depuis son coup de téléphone aux autorités, ma cliente a cessé d’exister légalement, elle ne peut plus utiliser sa carte d’identité, travailler et a dû changer de domicile. » En France, avant la médiatisation de ce cas unique, la loi permettait de protéger les témoins en les autorisant à ne pas divulguer d’adresse personnelle ou à témoigner sous X. Or aucune de ces solutions n’a été proposée à Sonia.

Une loi votée le 3 juin 2016

Les parlementaires ont décidé de remédier à cette situation en votant, le 3 juin, une loi visant à renforcer la protection des témoins. Le texte permet notamment d’emprunter une nouvelle identité et de bénéficier de « mesures de protection ». Mais rien n’a changé pour la jeune femme et ses proches, puisqu’il faut attendre la publication d’un décret détaillant ces mesures pour voir la loi s’appliquer.

« Pour le moment, c’est le néant, le flou total, puisque toutes les précisions figureront dans ce décret qu’elle attend encore », précise Samia Maktouf. Contacté par 20 Minutes, le ministère de la justice se veut rassurant : « Le décret devrait être pris et publié dans les toutes prochaines semaines. » Son avocate a toutefois fait savoir à 20 Minutes que Sonia touchait une aide financière de l’Etat de 2 000 euros tout en devant s’acquitter d’un loyer de 600 euros. Une loi fondamentale pour Patrick Baudouin, ancien conseil de ce témoin hors norme : « Tout ça ne va pas seulement dans l’intérêt de Sonia, protéger les témoins, cela va dans l’intérêt de la société, de l’Etat, dans notre intérêt à tous. »

* Le prénom a été changé