Déception, conditions de vie... Pourquoi les djihadistes décident de rentrer en France

TERRORISME Dans son livre « Les Revenants », publié ce jeudi, le journaliste David Thomson livre les témoignages de plusieurs djihadistes revenus en France…

Florence Floux

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Illustration d'un homme, menottes dans le dos.
Illustration d'un homme, menottes dans le dos. — HADJ / SIPA

« Ils étaient partis faire le djihad, ils sont de retour en France ». Le sous-titre du livre Les Revenants (Ed. Seuil) de David Thomson qui paraît ce jeudi, sonne comme une menace. La vague d’attentats qui touche la France depuis janvier 2015 l’a prouvé à de multiples reprises. « Les Revenants », comme les surnomme le journaliste de RFI, représentent à la fois un défi et un problème majeur pour l’Etat français, en matière de lutte antiterroriste.

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D’après le ministère de l’Intérieur, 700 Français sont actuellement présents en Syrie et en Irak dont 270 femmes et 17 mineurs combattants. Environ 200 seraient déjà revenus, dont une vingtaine de femmes. Un chiffre appelé à grossir dans les mois qui viennent compte tenu des défaites de l’organisation de l’Etat islamique (EI) sur le territoire qu’elle contrôle.

La peur du retour clandestin

S’ils représentent un énorme problème, c’est parce que certains passent à l’acte sur le sol français : Abdelhamid Abaaoud, ressortissant belge à la tête du commando terroriste du 13 novembre, est parvenu à rentrer en France sans que personne ne s’en aperçoive. Idem pour ses complices Samy Amimour et Foued Mohamed-Aggad. Récemment, deux Français interpellés à Strasbourg qui auraient été sur le point de commettre un attentat revenaient eux aussi de la zone irako-syrienne.

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La stratégie de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) consiste à interpeller ces « revenants » à leur arrivée sur le sol français. Ils sont ensuite placés en garde à vue et souvent mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ils attendent ensuite leur jugement en détention provisoire ou rentrent chez eux sous contrôle judiciaire.

Déçus, mais pas repentis

En zone irako-syrienne, les djihadistes désireux de rentrer doivent obtenir une autorisation de sortie du terrirtoire sous un prétexte crédible ou s’enfuir, l’EI n’autorisant plus ses résidents à partir. Certains prennent contact avec les autorités turques ou françaises avant de se lancer dans le périple du retour ou sont interceptés par les policiers turcs et expulsés vers la France. Tous savent alors ce qu’il les attend très souvent : la prison.

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Ces retours ne constituent pas pour autant une prise de distance avec le djihadisme. Si certains se disent déçus par l'« expérience Daesh », cela ne signifie pas qu’ils sont repentis. Pour Romain Caillet, auteur du blog Jihadologie, « il y a trois catégories de personnes qui reviennent : une petite minorité qui rentre avec des projets terroristes, une autre minorité qui éprouve un dégoût pour l’idéologie djihadiste, et une majorité qui revient parce qu’elle ne supporte plus les conditions de vie sur place, ou bien le cadre strict de l’EI. »

La prison, source de remotivation

Les conditions de vie sur place s’avèrent souvent difficiles. Certaines compagnes de djihadistes préfèrent ainsi rentrer pour accoucher en France, raconte David Thomson : « Franchement, j’admire les femmes qui accouchent en Syrie. (…) Elles accouchent sans péridurale, moi c’était pas possible. J’avais peur. Niveau hygiène, c’est loin d’être la France », témoigne une « revenante ».

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Avec la perte de territoire en Syrie, les djihadistes se retrouvent également confrontés à un autre problème, explique le spécialiste : « Les relations avec la population locale peuvent être tendues. Quand l’EI tombera à Raqqa, ça risque de très mal finir pour les combattants étrangers. Récemment, des habitants ont jeté de l’eau brûlante à une enfant dans la rue parce que c’est la fille d’un combattant étranger. Certains préféreront affronter la prison en France. »

Pour la majorité des « revenants », déçus de l’organisation ou des cadres de l’EI, mais pas du djihadisme, la prison entre détenus radicalisés fait parfois office de réactivation, explique Romain Caillet. « Certains qui étaient devenus anti-EI après s’être rendus sur place sont de nouveau entraînés par les autres détenus et réadhèrent à l’organisation. » Environ 350 détenus se trouvent aujourd’hui dans les prisons françaises sous la dénomination malfaiteurs terroristes, dont une trentaine de femmes et une vingtaine de mineurs.