Rachid Kassim, un djihadiste dans les geôles… de Daesh?

TERRORISME Le djihadiste aurait eu des soucis avec les cadres de l’organisation de l’Etat islamique…

Florence Floux

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Rachid Kassim, propagandiste de Daesh, dans une vidéo du 20 juillet 2016.
Rachid Kassim, propagandiste de Daesh, dans une vidéo du 20 juillet 2016. — CAPTURE ECRAN

On a beaucoup parlé de lui au cours des derniers mois, et puis plus du tout. Rachid Kassim, l’homme soupçonné d’être derrière l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet, et l’ attaque aux bonbonnes de gaz déjouée en septembre à Paris, se fait plus discret. Sa chaîne Telegram, Sabre de lumière, sur laquelle il était très actif, a été fermée il y a un mois. Officiellement, c’est parce qu’il affirme refuser « l’ostentation », explique quelqu’un disant avoir été en contact avec lui à la fin du mois d’octobre.

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D’après une source bien informée, confirmant un article du Parisien, le djihadiste aurait des différends avec la hiérarchie de l’Etat islamique (EI) et « serait passé devant un juge islamique, aurait été mis en prison quelques semaines puis envoyé au front ». Selon la même source, le propagandiste aurait outrepassé la ligne de l’EI et des plaintes de pro-EI ainsi que de personnes se trouvant en zone irako-syrienne auraient fini par avoir des conséquences.

Au nom de l’EI

En appelant des femmes et des mineurs à commettre des attentats, comme c’était le cas dans l’affaire des bonbonnes de gaz, et en s’exprimant au nom de l’EI sans en avoir l’autorisation, il aurait fortement déplu à ses chefs. « L’EI ne plaisante pas du tout avec ça, il y a eu d’autres cas par le passé », explique la même source.

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Pourtant, d’après Achraf Ben Brahim, auteur de L’Emprise, enquête au cœur de la djihadosphère (Ed. Lemieux), le jugement et l’emprisonnement, même quelques semaines, de Rachid Kassim semblent peu crédibles : « La prison me paraît improbable. L’EI ne peut pas faire ça à quelqu’un qui a revendiqué l’attentat de Nice à visage découvert. Ce qui représente un risque énorme. » Selon d’autres sources, la prison serait pourtant assez courante chez les djihadistes du groupe terroriste qui ne donnent pas satisfaction.

Une chaîne Telegram et beaucoup d’interpellations

Achraf Ben Brahim confirme la teneur des reproches adressés au djihadiste. « Il avait répondu aux critiques sur sa chaîne et avait reconnu que ce n’était pas l’EI qui lui avait demandé, mais qu’il poursuivait les mêmes objectifs. » Autre objet de désapprobation dont il a fait l’objet au sein du groupe terroriste : le fait de continuer à recruter sur une chaîne Telegram repérée par les services de renseignement… Dès le mois d’août, Rachid Kassim parlait de fermer ce canal de communication. Une volonté qu’il a mis plus de deux mois à mettre à exécution.

En septembre dernier, trois femmes soupçonnées de préparer un attentat imminent à Paris avaient été interpellées par la DGSI en Essonne. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs mineurs en contact avec Rachid Kassim sur Telegram ont également été arrêtés. Avant cela, il s’était montré visage découvert sur une vidéo de revendication de l’attentat de Nice du 14 juillet. Sa chaîne Telegram relayait entre autres les méthodes préconisées par l’EI pour passer à l’acte, dont l’utilisation d’un camion.