Quels sont les réseaux de la mafia italienne en France?

CRIME ORGANISE Les liens d'un prévenu dans l'affaire de la tour Odéon de Monaco avec des membres supposés de la camorra laissent songeur...

Florence Floux

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Arme illustration.
Arme illustration. — GILE MICHEL/SIPA

Ce lundi, il y avait du beau monde sur le banc des prévenus du tribunal correctionnel de Marseille. Le procès de onze prévenus débutait pour corruption et blanchiment dans l’affaire de la tour Odéon de Monaco. Parmi les mis en cause, un maire, des promoteurs immobiliers, une veuve. Et un certain Lino Alberti, entrepreneur à Monaco, et ami de longue date de Giovanni Tagliamento, souvent présenté comme un membre de la Camorra napolitaine.

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Le procès, qui doit s’achever dans quinze jours, ajoute un élément de plus à la réputation sulfureuse de la Côte d’Azur. Réputation qui ne paraît pas toujours usurpée, tant les liens de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur avec le crime organisé venu d’Italie sont anciens. « Les mafias italiennes sont présentes en France depuis le début des années 1980, quand Paolo de Stefano, un boss calabrais, a réuni tout le monde à Antibes pour créer une famille mafieuse sur la Côte d’Azur, qui dépendrait de l’Italie », explique Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques et auteur du livre La mafia de A à Z (Ed. Tim Buctu).

Les joies de la joint-venture

Un ancrage qui s’appuie sur la diaspora italienne de la région Paca, où les immigrés transalpins sont arrivés en nombre après la Seconde Guerre mondiale. « C’est tout l’axe rhodanien qui est concerné », note Fabrice Rizzoli. Cette implantation hexagonale a trois buts principaux : faire de l’argent grâce au joint-venture, c’est-à-dire à une alliance avec le milieu local, notamment en matière de stupéfiants, mais aussi blanchir l’argent d’Italie avec des sociétés immobilières, et fuire la justice italienne et les guerres intestines. « La France sert surtout de base de repli pour la mafia », indique Christophe Soullez, responsable de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

Au fil des années, des alliances ont été tissées entre les caïds de certaines cités et des parrains italiens. Les frères Antonio et Rocco Magnoli, famille présumée importante de la Ndrangheta calabraise, ont été arrêtés l’an dernier à Vallauris (Alpes-Maritimes) dans le cadre d’une vaste enquête pour trafic de stupéfiants.

Drogue, justice… et prostate

La mise au vert de certains mafieux peut également passer par l’Hexagone : Bernardo Provenzano, parrain de Cosa Nostra, est venu se faire soigner sa prostate à Aubagne en 2003. « Quand un mafieux aussi recherché se déplace, c’est qu’il est à peu près certain de ne pas se faire arrêter, il bénéficie d’un réseau de complicités », estime Fabrice Rizzoli. En 2014, Antonio Lo Russo, camorriste bien connu en Italie, est arrêté à Nice. Il était recherché depuis quatre ans par les autorités italiennes.

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Dans d’autres endroits aussi, la mafia italienne est parvenue à s’installer. « On trouve quelques recensements dans des villes industrielles, à Paris, à Lyon. Le journaliste italien Francesco Piccinini racontait il y a quelques années que l’ancien chef camorriste Cosimo Di Lauro venait à Paris, où « se trouvait garée sa Lamborgini », « pour contrôler les affaires du clan à Paris. Le commerce des vêtements, l’import-export de la drogue, l’ouverture de nouveaux magasins. »

« Présente de façon sporadique »

Pourtant, pas d’implantation aussi flagrante qu’en région Paca. « Elle est présente de façon sporadique sur le territoire, en région parisienne, le trafic de stupéfiants est plutôt détenu par des individus issus des quartiers sensibles qui traitent avec l’Afrique de l’Ouest ou l’Amérique latine. Il n’y a pas vraiment d’implantation physique, mais ce sont plutôt des liens qui sont entretenus », détaille Christophe Soullez.

La France ne fait pas office d’exception, comme l’explique Fabrice Rizzoli. « Les mafias italiennes sont très présentes en Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni, Portugal pour différentes raisons. Ces derniers temps, elle officie également dans les pays de l’Est, les Balkans, sur la route de l’héroïne et des armes. »